XIX JANVIER. P. FRANÇOIS-XAVIER SCHINNER
fait craindre de ne pouvoir travailler au salut des âmes dans les ministères apostoliques. Mais quand l'obéissance, après de longues années d'enseignement, l'eut associé aux missionnaires, foulant aux pieds ses hésitations et ses frayeurs, il parut un autre homme : nul ne montrait plus d'activité et d'initiative. Il devait en partie cette transformation à la méditation des trois classes ; dans une de ses retraites, il l'avait creusée si profondément, qu'il y avait puisé, disait-il, plus de lumières et de vigueur spirituelle que dans toutes ses oraisons et lectures précédentes, pendant quatorze ans. Il ne respirait vraiment plus que la gloire de Dieu et le salut des âmes, Da mihi animas^ cœtera toile tibi, répétait-il sans cesse.
C'est à Notre-Seigneur, caché dans le saint tabernacle, que le P. Schinner allait demander la bénédiction de son apostolat. A la prière, il joignait la pénitence. Jaloux de suivre le Sauveur dans le chemin des douleurs, des mépris et de la pauvreté effective, il se plaignait et se croyait moins près du bon Maître quand il n'avait rien à souffrir. Comme tous les saints épris de la croix, il était ingénieux à se tourmenter : il semait ses vêtements de pointes acérées, se flagellait rigoureusement, couchait sur la dure, s'abandonnait aux piqûres des moustiques et autres insectes, s'abstenait à table, en vertu d'un vœu spécial, de tout ce qui aurait pu flatter davantage son goût. Au reste l'obéissance dirigeait et sanctifiait ces rigueurs, comme toutes ses actions ; car il ne voulait point de sacrifice en dehors de la volonté des supérieurs. Mais quand celle-ci s'était exprimée, ne fût-ce que par un signe, il n'y avait raison ni difficulté, remarque l'auteur de sa notice, capable de l'arrêter. Le P. Schinner, après deux années seulement de vie apostolique, fut appelé à recueillir la récompense de ses travaux ;
il était âgé de quarante-deux ans et en avait passé vingt-trois dans la Compagnie.
Litler. ann. colleg. Brig. (Copie, Arcldv. dom.).
* Le dix-neuvième jour de janvier de l'an 1771, mourut au noviciat de Landsberg le P. Ignace Harïl, « vivante image, dit l'auteur de son éloge, des premiers Pères de nos anciennes Provinces d'Allemagne, et de toute la Compagnie ». Jeune religieux, il avait demandé avec instance la mission des Indes ; mais c'est dans son pays qu'il devait dépenser les trésors de son zèle. Après une longue régence de seize années, il fut appliqué enfin au ministère apostolique, et s'y consacra tout entier. « Assister jour et nuit les malades, visiter les pauvres et les prisonniers faisaient ses délices » ; mais c'est en faveur des condamnés à mort qu'il déployait sa plus grande sollicitude. Il n'en assista pas moins de cjuarante-neuf au dernier supplice, et tous ces malheureux, gagnés et convertis par son zèle, moururent en détestant leurs crimes et en baisant la croix.
Quand l'âge eut affaibli ses forces et l'eut éloigné des oeuvres plus laborieuses, le P. Hartl obtint de se consacrer à l'apostolat des enfants, dans notre collège de Ratisbonne; il leur faisait le catéchisme et leur apprenait à aimer Dieu et à fuir le péché ; presque tous lui avaient confié le soin de leur conscience. En même temps, il donnait de plus longues heures à l'oraison et à la composition de traités de morale très utiles aux confesseurs. Ses entre-