‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 47 sur 327 · XXIV JANVIER. P. FRANÇOIS WOLK · texte numérisé non relu

XXIV JANVIER. P. FRANÇOIS WOLK

Le vingt-quatrième jour de janvier de l'an 1767, le P. François WoLF, ancien missionnaire au Maragnon, mourut d'épuisement et de misère au fond des cachots du fort Saint-Julien, où il languissait depuis sept années entières, enseveli avec les nombreux captifs de la barbarie de Pombal. Bien qu'il eût conservé sans tache l'innocence de son baptême, il avait traité constamment son corps avec une rigueur extrême. Mais dans la solitude à laquelle il fut condamné pour prix de sa fidélité à sa vocation, il trouva mo3'en de redoubler encore ses austérités ; il jeûnait les semaines entières au pain et à leau, et pour fortifier son âme, faisait tous les ans, à deux ou trois reprises, les Exercices de saint Ignace, pendant un mois chaque fois. Sa mort fut celle d'un saint ; ses compagnons de captivité se partagèrent comme des reliques les pauvres objets qu'il avait eus à son usage, et surtout ses instruments de pénitence. Le P. Wolf était Agé de soixante ans, et en avait passé quarantequatre dans la Compagnie.

Lùlerœ aniiuîc Provinc. Bohein. ad aiin. 1767 [Archiv. Rom.). — Boero, Menai., 24 genn., p. 462. — Christophe de Murr, Journal zur Kuntsgeschichte..., Nùrnberg, Vllô, t. 8, 261.

Le vingt-quatrième jour de janvier de l'an 1738, mourut à Mariaschein, en Bohême, le P. Jean-François Milan, né à Hirschberg en Silésie. Pendant ses études théologiques, il avait fait le vœu de se

consacrer aux missions des Indes ; mais les supérieurs, après l'avoir retenu plusieurs années dans l'enseignement, lui assignèrent un autre champ d'apostolat non moins fécond en fatigues de tout genre. Durant trente-trois ans, le P. Milan ne cessa de parcourir les immenses régions de la Hongrie et de la Moscovie, depuis Kaschau au pied des Karpathes jusqu'à Moscou, Kasan, Astrakhan, Saint-Pétersbourg, et même jusqu'à Arkhangel et aux terres encore payennes situées sur les bords de la mer glaciale, soutenant la foi des catholiques, marchands, voyageurs, prisonniers de guerre perdus dans ces lointaines contrées, et exposés au danger du schisme et de l'hérésie. « Il allait ainsi, dit l'auteur de sa notice, à travers les neiges, parmi les tartares, les voleurs de grands chemins, vivant de pain et d'eau, mais l'Ame joyeuse et largement rassasiée par le bonheur de venir en aide à son prochain ».

D'autres difficultés étaient plus redoutables et paralysaient souvent son zèle : c'étaient celles qui venaient des schismatiques. « De ce côté, écrivait-il de Moscou, il n'y a rien ou presque rien à faire... Tous les Ruthènes, convertis en France et en Italie, ont été pris de peur à peine revenus ici, et sont retournés au schisme, à l'exception d'un seul. Les populations payennes des bords du Volga, ajoutait-il, seraient très disposées à embrasser la foi ; mais les Ruthènes ne le souffriront jamais, et pas un de ces pauvres gens n'osera se rendre à nous •». L'opposition du pouvoir n'était pas moindre. Un jour, à l'instigation d'un haut personnage, le P. Milan faillit être empoisonné ; une autre fois, pendant une de ses missions en Silésie, les hérétiques mirent le feu à sa pauvre cabane, et il n'échappa aux flammes que par une protection spéciale de Dieu. Enfin épuisé par tant de courses et de travaux, le vaillant

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missionnaire fut envoyé clans la résidence de Mariaschein, et c'est là qu'il expira saintement à l'âge de soixante-seize ans, dont il avait passé soixante-et-un dans la Compagnie.

Littertv annuœ Provint'. Boheni. ann. 173H (Arv/iiv. Rom.}. — SommervoGEL, Biblioth., t. 5, p. 1089. — Pelzel, Boemischc... Gelehrte.., p. 137. — Epistola P. JoA>N. Milan, Moscua', 1 dec. 4714 {Archw. Rom.].

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