XXX JANVIER
Le trentième jour de janvier de l'an 1632, mourut à Lintz, dans les plus doux sentiments de joie et de piété, un jeune exilé de la Province de Bohême, le F. Jean Berndt, Scolastique, tombé peu auparavant entre les mains des luthériens qui s'étaient emparés de la ville d'Eger. Le sac du collège de la Compagnie fut le premier exploit des vainqueurs ; ils dépouillèrent et fouillèrent leurs captifs, pour s'assurer que rien n'échapperait à leur rapacité. Quand ils en vinrent au F. Berndt, ils le trouvèrent revêtu d'un rude cilice ; ils le lui arrachèrent avec fureur et le mirent en pièces sous ses yeux. Ils lui ordonnèrent ensuite de s'engager à payer une rançon de cent écus pour sa délivrance ; mais l'humble religieux dit modestement qu'il était enfant d'obéissance, et que son supérieur seul avait le droit d'accepter ou de refuser une pareille convention. On le conduisit alors dans un corps de garde, où il eut à subir, tout le reste de la nuit et les jours suivants, les jeux barbares de la soldatesque et fut presque réduit à mourir de faim. Cette dure captivité ne tarda pas à épuiser ses forces, mais ne triompha point de son courage. Vingt jours seulement après avoir été rendu à la liberté, le F. Jean Berndt remit au Sauveur son âm.e généreuge ; il
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n'était àg-é que de vingt-cinq ans et en avait passé un peu plus de deux dans la Compagnie.
ScHMiDL, Histor. Provitic. Bohein., l. 3, p. 119G, 1199, 1202.
Le trentième jour de janvier de l'an 1798, mourut saintement à Polotsk le P. Jean-Baptiste Rauscher, d'une noble famille de la Carinthie. Reçu dans la Compagnie à l'Age de seize ans, il offrit bientôt à ses compagnons de noviciat une vive image de leur saint patron. La flamme d'amour divin qui le consumait, jointe à la délicatesse de sa complexion, le faisait languir comme Stanislas et ne tarda pas à inspirer des craintes sérieuses pour sa vie. Mais Dieu le réservait pour en faire, en dépit d'une santé toujours chancelante, un infatigable champion de la sainte Eglise sous le triste règne de Joseph 11. A plus de soixante reprises, dit l'auteur de son éloge, il releva les insolents défis des incrédules et des politiques sans foi qui pullulaient alors dans l'empire ; et bien que l'injure des temps ne lui permît pas de se nommer, le pape Pie VI voulut le voir en secret à Vienne et bénir sa vaillante plume.
Le P. Rauscher n'épargnait en même temps aucune fatigue pour susciter des défenseurs à la cause de Dieu, et relever le courage presque abattu des grands demeurés fidèles et des princes de la sainte Église. Il eut même l'espoir un moment, grâce à leurs efforts réunis aux siens, de voir ressusciter la Compagnie dans les domaines de l'empire, après la mort de Charles III d'Espagne et de Joseph II. Épuisé avant l'âge de cinquante ans par ces luttes in-
cessantes, dont l'unique diversion était l'évangélisation des pauvres, des malades et des petits enfants, Jean-Baptiste Rauscher voulut du moins mourir parmi ceux qui avaient g-ardé en Russie la règle de saint Ignace. Il partit pour Polotsk, oii sa seule vue, durant le peu de temps qu'il vécut encore, suffît pour exercer au
milieu de ses frères le plus salutaire apostolat. Epris des saintes délices de la croix et de l'oraison, il était habitué depuis longtemps à ne mettre d'autre frein à ses austérités que celui de l'obéissance; il passait plusieurs heures chaque nuit à s'entretenir avec Dieu; et souvent la veille de quelque fête plus chère à sa dévotion, il consacrait la nuit entière à ce saint exercice. Le P. Rauscher mourut à l'âge de cinquante ans.
Compendium vitar. def'unctor. in colleg. Polocensi, 1749-1815 (Archiv. Provint-. Galic). — Stoger, Scriptores Provinc. Austr., p. 293. — Som- MERvoGEL, BibUotli., t. 6, p. 1493. — Caballero, Biblioth. Sciiplor...^ Supplem. 1»'", p. 238.