IX FEVRIER
* Le neuvième jour de février de l'an 1734, mourut à Fiume le P. François-Xavier Revis, né en Istrie, un des plus vaillants missionnaires de la Province d'Autriche dans la première moitié du xviii^ siècle. Il entra dans la carrière apostolique après son troisième an, et jusqu'à la fin de sa vie, si l'on en excepte les quatre dernières années, il ne cessa d'annoncer la parole de Dieu. 11 parcourut successivement la Hongrie, l'Esclavonie, la Servie, la Croatie, la Dalmatie et pénétra jusqu'en Turquie. A toute heure du jour et de la nuit, il était prêt à voler au secours des âmes. Parfois il demeurait des mois entiers sans quitter ses vêtements, ne prenant qu'un rapide sommeil sur une chaise, rarement dans un lit. Pour gagner ces populations souvent grossières, et s'ouvrir plus sûrement le chemin de leurs cœurs, il leur prodiguait toutes les délicatesses de sa charité. Comme il avait quelques notions de médecine, il les soignait dans leurs maladies, et Dieu bénissant ses remèdes, il leur rendait souvent la santé. Mais c'étaient les âmes surtout qu'il voulait guérir ; aussi conformément à une ancienne constitution pontificale que saint Ignace avait supplié le pape Paul III de renouveler à Rome, il établit en règle que les malades devraient commencer d'abord par mettre ordre aux affaires de leur
conscience ; et grâce à cette pratique, il obtint une multitude de conversions.
Cependant cette charité du P. Rovis, si louable d'ailleurs, pouvait paraître ne pas s'accorder avec sa profession de prêtre et de religieux. Dans un voyage qu'il fit à Rome pour les intérêts de sa mission, il exposa au Souverain Pontife Clément XI ce qu'il avait cru devoir faire dans des pays absolument dépourvus de ressources. Le Pape non seulement l'approuva et le félicita, mais encore, pour lever toute cause de scrupule ou d'irrégularité, lui donna, pour l'exercice de son art, les plus amples autorisations. Le Père Général de son côté prodigua au missionnaire les marques de satisfaction et fit lire au réfectoire de la maison professe le récit de ses courses et de ses conquêtes apostoliques. Le P. Rovis passa les quatre dernières années de sa vie à Fiume, in arena patientiœ, dit l'auteur de sa notice, assiégé par une multitude de maladies et d'infirmités, fruit de ses travaux et de ses privations pendant vingt-huit ans à la recherche des âmes. Il les endura avec une invincible patience, et enfin, chargé de mérites, il alla se reposer dans le sein de Dieu, à Tâge de soixante-et-un ans, dont il avait passé quarante-et-un dans la Compagnie.
Litteras annuse Provinc. Austr., anno 1734 {Arcliiv. Rom.).