X FEVRIER
* Le dixième jour de février de l'an 1735, au collège de Mayence, mourut le P. Godefroy Helling, un de ces hommes inconnus au monde, dont Dieu seul et ceux qui ont reçu les secrets de leur conscience connaissent l'admirable sainteté. Au noviciat, pendant ses études et sa régence à Heiligenstadt, Erfurt, Fulda, le P. Helling pratiqua des vertus que son biographe appelle angéliques. Il plaçait avant tout sa perfection dans une fidélité inviolable à nos règles ; et si parfois cette exactitude lui valait quelque contradiction ou quelque raillerie, il laissait dire et continuait sa route sans respect humain, uniquement sensible au bon plaisir de Dieu.
Comme Louis de Gonzague, Stanislas Kostka et toutes les âmes innocentes, jalouses de s'offrir en sacrifice et de s'affranchir chaque jour davantage des biens de la nature, il crucifiait sa chair par de rudes pénitences, et par l'usage quotidien de la discipline et du cilice. Notre-Seigneur aussi l'attirait avec une force irrésistible ; c'était son bonheur de s'entretenir avec lui dans la prière et d'aller fréquemment le visiter au saint tabernacle. Le P. Godefroy Helling fut emporté dans la vigueur de l'Age par une fièvre maligne. On apprit alors de son confesseur quels trésors de grâces et
de mérites il avait cachés sous cette apparence de vertu commune. A. G. I. — T. I. — 48.
Dieu l'avait traité comme ses amis privilégiés. Non seulement le P. Helling n'avait violé aucune règle ; mais dans l'oraison, il ne s'était jamais rendu coupable d'aucune distraction et, libre de tous les assauts de la concupiscence, il avait vécu dans une chair mortelle de la vie des anges. Il n'était âgé que de trente-six ans et en avait passé dix-sept dans la Compagnie.
Litterx annuie Provinc. Rheni Superior., anno 1735 {Archiv. Rom.]
* Le dixième jour de février de l'an i840, le P. Philippe Schul- TEN mourut à Dûsseldorf sa patrie, en grande réputation de sainteté. En 1787, à l'âge de vingt-et-un ans, il se joignit en qualité d'auxiliaire aux anciens Jésuites qui dirigeaient le collège de cette ville. Dans sa pensée, c'était un acheminement à la vie religieuse dans la Compagnie. En attendant que les temps fussent plus favorables, il reçut le sacerdoce, fît son cours complet de régence jusqu'à la philosophie et dirigea une congrégation de jeunes gens qui devint bientôt florissante entre ses mains. Ses désirs, loin de se refroidir, ne faisaient que s'enflammer chaque jour davantage. Il écrivit au Père Général en Russie pour solliciter une place parmi les novices de Polotsk. La Providence lui ménagea le moyen de suivre son attrait sans abandonner ses œuvres. Un ancien Jésuite avait été désigné, dans cette partie de l'Allemagne, pour recevoir, après les examens ordinaires, ceux qui demanderaient à entrer dans la Compagnie. Philippe Schulten alla s'offrir et fut admis. C'était en 1807.
X FÉVRIER. — P. PHILIPPE SCHULTEN. 139
Cette faveur le remplit d'une joie et d'une reconnaissance sans bornes. Il fut d'abord chargé avec trois autres Pères du service de l'ancienne église de la Compagnie, et en fut ensuite nommé curé. On ne saurait dire avec quel zèle il s'acquitta de ses fonctions ; il était tout à tous, aux pécheurs, aux moribonds, aux pauvres. De leur côté, ses paroissiens l'aimaient comme un père et le vénéraient comme un saint. On en vit plusieurs fois des témoignages bien glorieux pour lui. Le Pape Léon XII, dans sa nonciature à Cologne, avait eu occasion de le voir et de l'apprécier. Elevé plus tard au Souverain Pontificat, il résolut de l'appeler à Rome pour lui confier les prédications en langue allemande. A cette nouvelle, la ville de Diisseldorf s'émut et supplia le Saint-Père avec de telles instances de ne pas lui ravir son apôtre, que celui-ci se laissa fléchir et abandonna son projet.
Ces mêmes sentiments n'éclatèrent pas d'une manière moins touchante à l'occasion d'une grave maladie qui faillit emporter le P. Schulten . Non seulement dans l'église, mais dans les maisons particulières il s'éleva vers le ciel un concert unanime de supplications pour demander la conservation d'une vie si précieuse. Une sainte violence fut faite à Dieu et, pendant quatre années encore, le P. Schulten continua de se dépenser pour ce bon peuple. Mais alors sonna l'heure de la récompense pour le vaillant ouvrier. Il s'endormit doucement dans le Seigneur au moment même où la cité tout entière se préparait à célébrer par des fêtes splendides son jubilé sacerdotal. La joie fit place à une immense douleur. La foule accourut à flots si pressés pour contempler ses traits une dernière fois, que la force armée avait peine à la contenir. Les funérailles se firent ensuite avec une solennité extraordinaire ; jamais
peut-être, dit l'annaliste, on n'en vit de si magnifiques à Dûsseldorf. Le P. Schulten était âgé de soixante-quatorze ans ; il en avait passé trente-trois dans la Compagnie.
Litlerse ann. Provinc. Belgic. anno 1840. — Boero, Menolog., 10 febbr.^ p. 183. — Henr. Thoelen S. J., Die vier letzten Jesuiten Diisseldorfs... p. 24.