XI FEVRIER
Le onzième jour de février de l'an 1630, mourut au collège de Constance, le P. Melchior Degenhart, fidèle imitateur de saint Louis de Gonzague, son ancien condisciple en théologie, et comme lui enflammé d'ardeur pour la prière et la mortification. Avec ces deux armes, il se tenait assuré de faire violence au ciel. Dès que la gloire de Notre-Seigneur et le bien des âmes étaient en jeu, il se jetait à genoux, revêtu d'un rude cilice, et continuait ses supplications jusqu'à ce qu'il fût exaucé. Jugeant qu'il était indigne d'un ministre de l'Evangile, de remplir aucune de ses fonctions, sans porter sur son corps, dans la mesure de ses forces, les stigmates de son chef, il ne montait jamais en chaire, il ne faisait pas même un simple catéchisme, et n'entendait pas une confession, sans être ceint d'une chaîne de fer, pour attirer en lui la vertu de la croix.
Le premier jour de ses missions, il se rendait à l'hôpital des lépreux et, s'agenouillant aux pieds de ces misérables, il les leur lavait humblement, et leur faisait ensuite une courte exhortation pour leur apprendre à supporter saintement leurs souffrances. Puis il mettait la main à l'œuvre ; et, avec le secours de Dieu, il faisait parfois refleurir en quelques jours les pratiques de la vie chrétienne, dans des pays où jusqu'alors prêtres et peuple ne savaient
même pas qu'il fût besoin d'accuser ses péchés pour en recevoir l'absolution. Nommé, peu de temps avant sa mort, premier Recteur du collège de Constance, le P. Degenhart s'attira bientôt la vénération universelle par ses catéchismes au peuple, aux petits enfants et aux mendiants. Il aurait voulu passer sa vie dans cet obscur et fécond apostolat ; mais son humilité elle-même le faisait rechercher par les personnages les plus distingués ; et longtemps après sa sainte mort, on attribuait encore à ses rares exemples de modestie et d'oubli de lui-même la réputation dont jouissaient à Constance les Pères de la Compagnie.
Agricola, Histor. Provinc. Gerinan. Super., t. 2, j). 302. — Kropf, ici. op. t. 4, p. 462. — Sunimar. vitae def'unctor. Provinc. German. Super., aniio 1630 (Archiv. Rom.).
* Le onzième jour de février de l'an 1642, mourut à Aix-la-Chapelle le P. Jacques Cruickelius, né à Walradt, dans le comté de Juliers. Consumé par une maladie de langueur, il ne laissa pas de soutenir avec un grand courage les fatigues de l'enseignement et du ministère apostolique. Brûlant du désir de sacrifier à Dieu et au prochain des jours qu'il savait comptés, il se dévoua, en un temps de contagion, comme aurait pu faire l'homme le plus robuste, au service des pestiférés.
Quand il fut sur le point de recevoir les derniers sacrements, se tournant vers ses frères réunis autour de sa couche, il les pria de réciter avec lui le Te Deiini, « en action de grâces, disait-il, de ce qu'il lui était donné de voir enfin le jour si ardemment attendu où