XIV FEVRIER
Le quatorzième jour de février de l'an I680, le P. Mathias Sim- BAR, né à Warasdin dans la Croatie, mourut au collège d'Agram après avoir tour à tour évangélisé les campagnes de la Hongrie, de la Moldavie, de la Valachie, de la TransA'lvanie, et converti à la foi romaine une multitude d'hérétiques. Errant sans viatique et souvent sans abri dans des contrées où il ne rencontrait la plupart du temps que des ennemis de l'Eglise, découvert plus d'une fois et poursuivi à mort comme les bêtes fauves dont il partageait les tanières, ce saint homme pouvait se glorifier, avec saint Paul, de triompher uniquement par la vertu de la croix. Son zèle lui faisait employer toutes les armes naturelles et surnaturelles dans sa guerre contre le démon, missions, catéchismes, opuscules et feuilles volantes de tous genres, représentations pour les petits enfants, des plus beaux traits de la sainte Ecriture, de l'histoire de l'Eglise et des saints. Ce dernier moyen en particulier produisit dans les âmes des fruits surprenants de conversion et de piété.
Les ministres de l'erreur frémissaient de rage, mais aucun n'osait se mesurer avec lui ; ils se contentaient de demander sa tète, ou du moins son bannissement. Il plut même à Dieu de se servir
de leur organe pour rendre hommage à la sainteté et à la foi de son serviteur. De pauvres valaques avaient amené à l'un d'eux un énerguniène pour qu'il le délivrât du démon ; le ministre crut se tirer d'affaire en affichant un superbe dédain pour ces sortes de choses : « Je ne me mêle point de diablerie, répondit-il, allez trouver le papiste, si vous voulez ; il sait assez de sorcellerie pour ensorceler même le diable ». On conduisit donc le possédé au P. Simbar, qui le guérit en peu de temps par la vertu de la prière et de la croix. Aussitôt ce malheureux et tous ceux qui l'avaient amené renoncèrent à l'hérésie.
Ce saint homme croyait ne pouvoir assez souffrir pour Jésus- Christ ; il se crucifiait lui-même avec une rigueur extrême. Un jour qu'il était à table chez un catholique de ses amis, un religieux du pays, jaloux des éloges que le zèle du missionnaire attirait à la Compagnie, ne rougit pas, en sa présence, de prendre à partie le genre de vie des Jésuites, les accusant de vivre avec une délicatesse et une immortification indigne des vieux Ordres, dont il exaltait l'austérité. Le P. Simbar garda longtemps le silence. Mais enfin jugeant que la gloire de Notre-Seigneur et l'honneur de la Compagnie sa mère lui faisaient un devoir de parler, il entr'ouvrit tout à coup sa soutane, et laissant voir un très âpre cilice dont il ne se dépouillait jamais : « Voilà, mon Révérend Père, réponditil à la grande confusion de son adversaire, voilà comment les fils de saint Ignace aiment à se traiter délicatement ! »
Patrignani, Menol., 14 fehbr., p. 128.