XIV FÉVRIER. P. JEAN RING
* Le quatorzième jour de février de l'an 4753, mourut au collège d'Amberg le P. Jean Ring, né de parents hérétiques à Holbek en Danemark. La vue d'une grâce extraordinaire obtenue par l'intercession de saint Antoine de Padoue, pendant qu'il voyageait en France, commença l'œuvre de sa conversion ; le spectacle des magnificences de la foi à Rome l'acheva ; il abjura le luthéranisme, et bientôt après sollicita la faveur d'être admis dans la Compagnie. Reçu au noviciat de Saint-André à l'âge de vingt-deux ans, il n'3' resta que quelques mois, sa santé dépérissant chaque jour sous le climat de Rome ; il fut envoyé dans la Province de Haute-Allemagne.
Il appelait de tous ses vœux le jour où il pourrait se dévouer au salut des hérétiques du nord, et leur porter la lumière que Dieu avait daigné faire luire à ses yeux. Mais l'étude, la régence, l'enseignement de la philosophie et de la théologie et d'autres emplois encore le retinrent de longues années et, dans les desseins de Dieu, achevèrent de le préparer à sa laborieuse mission. Enfin il put suivre l'ardeur de ses désirs et pénétra en Suède. Il y endura des fatigues sans nombre, mais eut la consolation de ramener au bercail de Jésus-Christ une multitude de dévoyés. Les ministres de l'erreur s'en émurent et obtinrent contre lui un décret de bannissement. Forcé de s'éloigner, le P. Ring passa en Norwège, laquelle appartenait alors à la couronne de Danemark, et y reprit son apostolat. Aux vides qui se firent bientôt dans leurs rangs, les prédicants hérétiques reconnurent la présence d'un prêtre romain, et lancèrent des espions à sa poursuite. Le missionnaire leur échappa longtemps et continua d'étendre les con-
ISO MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE DE GERMAXIE. I.
quêtes de l'Église. Enfin il tomba entre leurs mains et fut jeté en prison. Ses persécuteurs, gens plus cupides encore peut-être que haineux, lui offrirent la liberté mo^^ennant une rançon de trois cents florins. L'homme de Dieu répondit noblement qu'il avait fait vœu de pauvreté et n'avait rien à donner ; eût-il cette somme, il la verserait tout entière entre les mains des catholiques pauvres. Il fut donc gardé dans son cachot, et sans doute il y aurait langui longtemps, si l'ambassadeur de France n'avait interposé ses bons oflices et ne l'avait fait élargir.
Le P. Ring reprit le chemin de l'Allemagne, où l'attendaient de nouvelles et non moins dures fatigues. C'était le temps de la guerre dite de la Succession d'Autriche. Quinze mille soldats français occupaient la ville d'Amberg en Bavière ; la peste se déclara tout à coup parmi eux. Le P. Ring était presque le seul prêtre de la ville qui parlât facilement leur langue ; il courut au secours de ces pauvres gens. Tant que dura la contagion, il n'eut pour ainsi dire aucun moment de repos : près de quinze cents malades expirèrent entre ses bras, tous fortifiés par les sacrements de l'Église, et dans des sentiments si chrétiens, qu'il n'en était pas un seul dont le salut ne lui parût assuré. Des fatigues si excessives l'abattirent enfin, et frappé du même mal, il n'échappa que par une sorte de miracle à la mort.
Comme tous les apôtres, le P. Ring était un homme de prière et un religieux d'une perfection accomplie. Il se levait chaque jour à deux heures du matin pour prolonger ses entretiens avec Dieu. Nul ne gardait avec plus de fidélité toutes les observances de la vie commune; il était, disait-on, la vivante image de l'Institut. Oublieux et de ses grands travaux et de ses victoires sur l'hérésie,