XVI FEVRIER
Le seizième jour Je février de l'an 1680, mourut au collège de Klattau le P. Jeax Moticz de la Province de Bohême, qui par son obéissance mérita d'être surnommé la ressource de ses supérieurs. A peine sorti du noviciat, il donna des preuves de cette admirable promptitude à se remettre entre leurs mains, au milieu des circonstances les plus critiques. Les Suédois victorieux mettaient la Bohême à feu et à sang; le collège de Kuttenberg, où il était alors, allait être réduit à la plus affreuse détresse ; car le Père Recteur n'osait offrir à aucun de ses inférieurs le soin trop périlleux de veiller à la conservation des moissons et des bestiaux qui formaient son unique ressource. Le P. Jean Moticz, s'étant aperçu de son embarras, se jeta vivement à ses pieds et, à force d'instances, obtint ce difficile et redoutable emploi. Il mit en sûreté le grain des métairies et, déguisé en berger, demeura seul sans autre protection que celle de la Providence, à faire paître les troupeaux du collège, jusqu'au départ des Suédois.
Dans une autre circonstance, où il importait au salut public de passer à travers les bandes ennemies pour porter un message de haute importance, ce généreux enfant de saint Ignace revendiqua de nouveau l'honneur de s'exposer seul à la captivité et peut-être
à la mort, pour tirer de peine ses frères et son supérieur. Jusqu'à la fin Je sa vie, le P. Moticz demeura fidèle à cet esprit de sacrifice et de dévouement. Recteur de collège, aumônier des armées ou missionnaire, il prenait pour lui les fatigues les plus rudes. S'il vo3'ait quelques-uns de ses inférieurs, trop amis d'eux-mêmes, hésiter ou reculer devant des ministères trop modestes ou trop pénibles : « Rappelez-vous, leur disait-il, que dans la maison de Dieu, les choses les plus basses embrassées d'un grand cœur et avec humilité, sont plus élevées que le ciel lui-même aux yeux de la divine Majesté ». Le P. Moticz mourut à l'âge de soixante-deux ans; il en avait passé quarante dans la Compagnie.
Patrigkaki, Menol., 16 febb., p. 147. — Suminar. vitœ defunct. Provinc. Bohcmiic (Arc//. Rom.).
Le seizième jour de février de l'an 1723, mourut à Mayence, à l'âge de quatre-vingt-dix ans, le P. Laurent Pottu, insigne bienfaiteur de la Compagnie, reçu à soixante-douze ans au rang des novices, par son fils aîné, qui gouvernait alors la Province du Haut- Rhin. La perte de son père et de sa mère, l'avait forcé, jeune encore, de demeurer dans le monde, bien que son désir fût dès lors de se consacrer à Dieu sous l'étendard de saint Ignace. Il résolut du moins de vivre, comme les chrétiens de la primitive Eglise, en véritable disciple de Jésus-Christ. Chaque jour, il consacrait plusieurs heures à la méditation et à de pieuses lectures, assistait au saint Sacrifice de la messe et, dès que les affaires de sa famille lui laissaient quelques loisirs, revenait ù la prière ; il réci-
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tait l'office de la sainte Vierge, ou bien s'occupait des pau^Tes, des malades, des orphelins. Il s'approchait souvent de la sainte table et, pour le faire avec plus de fruit, il jeûnait la veille au pain et à l'eau et passait une grande partie de la nuit en oraison. Tout ce que Dieu lui semblait aimer, était l'objet spécial de son affection et de ses soins, et tout ce qui lui arrivait de bien ou de mal, était pareillement accueilli comme une bénédiction du ciel.
A mesure que ses quatre fils croissaient en âge, il leur enseignait la crainte et l'amour de Dieu ; il les formait lui-même aux vertus chrétiennes et aux pratiques de la vie intérieure, et demandait avec chacun d'eux, au pied du crucifix, la lumière pour connaître la très sainte volonté de Notre-Seigneur et la force pour l'accomplir toujours. Enfin il les donna tous quatre avec bonheur à la Compagnie de Jésus, à laquelle le P. Thyrse Gonzalez l'avait affilié lui-même près de vingt ans avant son entrée au noviciat. Laurent Pottu avait depuis longtemps sollicité la g-ràce de suivre ses fils ; mais les supérieurs n'avaient pas cru devoir la lui accorder, bien que sa pieuse femme eût consenti avec joie à faire vœu de chasteté perpétuelle. Dès que Dieu l'eut rappelée à lui, il renouvela ses instances et, malgré ses soixante-douze ans, il fut exaucé.
Son fils aîné Nicolas, après l'avoir admis au noviciat de Mayence, voulut qu'il se disposât presque aussitôt à recevoir le sacerdoce, et il vint avec deux de ses frères l'assister montant à l'autel pour la première fois. Le P. Laurent Pottu s'était préparé, suivant l'exemple de saint Ignace, à cette grande action par cinq mois entiers de prières et de pénitences. Ce fut encore son fils
aîné, Provincial pour la seconde fois, qui reçut ses derniers vœux, après dix ans de vie religieuse. Et lorsque huit autres années plus tard, il s'endormit doucement dans le Seigneur, les habitants de Mayence accourus à ses funérailles, demandèrent en foule des reliques du saint vieillard, comme on l'appelait universellement.
Histor. Provinc. Rheni Superior. anno 1723 (Arc/iiv. Roin.j. — Boeho, MenoL, 16 febbr., p. 298.
* Le seizième jour de février de l'an 17S4, mourut dans la maison professe de Vienne le P. Antoine Rieber, de Fribourg en Brisgau. Obligé par l'affaiblissement de sa vue de renoncer à l'étude et à la grande prédication, il se livra tout entier aux humbles et fructueux ministères du catéchisme et de la direction des âmes. Pendant dix-huit ans, il réunit autour de sa chaire, dans l'église de la maison professe de Vienne, un auditoire toujours nombreux d'enfants et de grandes personnes avides d'entendre ses explications de la doctrine chrétienne. 11 s'enfermait ensuite dans son confessionnal, où il passait de longues heures chaque jour, ou bien il allait assister les malades et les moribonds, et s'occupait de la conversion des hérétiques. Beaucoup de ces derniers furent gagnés par son zèle et rentrèrent dans le sein de l'Eglise. On cite entre autres le l'eld-maréchal de l'empire, alors lieutenant-colonel, Gédéon de Laudon, non moins illustre par la profession franche et ouverte qu'il fit de sa religion, que par ses talents militaires et ses hauts faits d'armes. Le P. Rieber était encore un homme d'o-