‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 90 sur 327 · XXIII FEVRIER · texte numérisé non relu

XXIII FEVRIER

Le vingt-troisième jour de février, mourut à Munich en 1631 le P. Jacques Keller, né à Seckingen clans le diocèse de Constances 11 partageait avec le P. Gretser la gloire d'être haï des luthériens. Bien qu'il eût éprouvé de grandes difficultés au commencement de ses études, il était devenu, à force de courage, un des plus illustres représentants de la science catholique en Allemagne, et des adversaires les plus redoutés par les ministres de l'hérésie. A cette énergie pour l'honneur et la défense de l'Eglise, le P. Keller joignait un extrême amour pour toutes les pratiques de perfection recommandées par saint Ignace; un zèle ardent pour la sainteté des religieux, et une charité si efficace pour les âmes du purgatoire, que plus d'une fois ces âmes vinrent implorer le secours de ses prières ou le remercier de les avoir délivrées. Le P. Keller mourut à l'âge de soixante-trois ans ; il en avait passé quarantedeux dans la Compagnie.

CoRDARA, Histor. Soc. Jes., part. 6* , lib. 16, n. 55, p. 463. — Sotuel- Lus, Biblioth., p. 373. — Sommervogel, Biblioth., t. 4, p. 981. — Histor. Provinc. German. Super., t. 5, n. 10, p. 8. — Feller, Dictionn. histor., t. 3, p. 735. — Crétineau-Joly, Histoire de la Compagnie de Je'sus, t. 3, c/i. 7, p. 340.

XXIII FÉVRIER. PP. THOMAN ET BILGISCHER. 171

Le vingt-troisième jour de février, moururent saintement deux insignes missionnaires, le P. Mathias Thoman, hongrois, en 1589, et en 1735, le P. Gaspar Bilgischer, né près de Sion dans le Valais.

Le P. Thoman, missionnaire des Sicules ou Szeklers en Transylvanie, venait d'être condamné à l'exil par les hérétiques ; les souffrances de sa déportation, dans la plus rude saison de l'hiver, lui permirent à peine d'arriver mourant jusqu'aux frontières de la Hongrie. Près de rendre son Ame à Dieu : « Mon Père, disait-il plein d'allégresse au compagnon de ses travaux, nous avons enfin gagné la vis éternelle » ! Le P. Etienne Szanto ou Arator, après avoir reçu son dernier soupir, écrivait au P. Aquaviva : « Qu'il me soit permis de compter le P. Thoman au nombre de nos martyrs. Car son exil et sa mort lui ont bien mérité ce nom ». Le P. Thoman n'était Agé que de trente-sept ans et en avait passé dix-sept dans la Compagnie.

Le P. Bilgischer, mort à Munich, à l'Age de quatre-vingt-huit ans, avait consacré à l'apostolat la plus grande partie de sa longue et sainte carrière. Presque toujours au milieu des pauvres, et souvent en butte aux persécutions, aux outrages et aux calomnies des hommes, il se livrait encore aux plus rudes pénitences, et portait continuellement sur son corps les traces de la passion de Jésus-Christ. Dieu glorifia le zèle et la mortification de son serviteur par un grand nombre de miracles. Deux fois entre autres, pendant qu'il célébrait le saint Sacrifice, les assistants le virent environné de lumière ; un autre jour, un ange le soutint sensiblement, au moment où il allait tomber dans un précipice. Quand on lui demandait, dans

sa vieillesse, s'il avait besoin de quelque chose : « Dieu est avec moi, répondait-il ; que voulez-vous que je désire de plus » ? Le P. Bilgischer vécut soixante-cinq ans dans la Compagnie.

P. Mathus Thoman. — Sacciunus, Histor. Societ. Jesii, part. 5», lib. 9, n. 90, p. 437. — SocHER, Histor. Provinc. Austr., lib. 8, n. 265, p. 405. P. Gaspau Bilgischer. — Boero, Menolog., 23 febbr., p. 421.

Le vingt-troisième jour de février de l'an 1651, mourut à Glatz, en Silésie, le P. André Metsch, de la Province de Bohême, appelé par ses contemporains l'homme apostolique, l'homme d'une incomparable charité. Parlant de l'époque où il avait été reçu lui-même au noviciat de Brûnn, le P. Balbinus assure qu'il n'a jamais rien vu de semblable au spectacle dont il fut alors témoin pour les fêtes de la naissance du Sauveur. « Le P. Metsch, dit-il, exerçait un tel empire par sa parole, que tout le peuple accouru de bien loin pour l'entendre, riait, pleurait, chantait tour à tour à sa voix et semblait possédé d'une sainte ivresse, au pied de la crèche, tandis qu'il décrivait la joie du ciel et de la terre, des anges et de toutes les créatures à l'apparition du divin Enfant ».

Ces prodigieux ébranlements étaient accompagnés d'un tel changement des âmes, qu'on y reconnaissait les fruits non de la mobilité populaire, mais de la vertu de l'esprit de Dieu. Le P. André Metsch parcourut ainsi pendant quarante ans, la Moravie, l'Autriche, la Silésie, ramenant à la vie chrétienne et à la fréquentation des sacrements les populations demeurées catholiques, arrachant à l'erreur les hérétiques dont il convertit plus de dix mille, réformant

Page 1