‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 3)Chapitre 96 sur 327 · XXVI FEVRIER · texte numérisé non relu

XXVI FEVRIER

Le vingt-sixième jour de février de l'an 4594, mourut le P. Jean Leleszi, hongrois, après avoir ranimé la foi romaine dans les provinces de la Transylvanie où les erreurs d'Arius, de Calvin et de Luther l'avaient presque anéantie. Sa réputation et celle de nos premiers Pères l'avaient précédé; partout à son approche, le peuple, qui était sans prêtres et sans enseignement catholique depuis de longues années, et dont une grande partie n'avait pas même reçu le baptême, accourait des villes au-devant de lui, se mettait à genoux sur son passage, lui baisait les mains et les vêtements et le bénissait en pleurant de venir les visiter et les sauver. Christophe Bathori, dont la famille avait, presque seule, conservé sur le trône la foi de ses pères, lui confia l'éducation du jeune Sigismond, son fils; et durant huit années, le P. Leleszi, malgré son désir de porter l'Evangile aux pauvres habitants des campagnes, dut rester à la cour pour préparer à l'Église un prince vraiment chrétien. Il profita de ce séjour forcé pour gagner à Jésus-Christ bien des âmes, dont l'influence pouvait contribuer au triomphe de la foi, et persuada même à un grand nombre de familles nobles hérétiques d'envoyer leurs enfants au collège que la

Compagnie venait d'ouvrir par ses soins à Koloswar ou Klausenburg.

La vie du P. Leieszi, au milieu de tant d'honneurs et de succès était si pure et si sainte, qu'au témoignage d'Etienne Bathori, roi de Pologne, nul, même parmi les dissidents, n'osait la calomnier. Une malheureuse femme hérétique irritée de ses triomphes, finit par l'empoisonner ; les médecins du prince parvinrent à lui conserver la vie, mais le missionnaire ne fit plus que languir. En ce triste état, disaient les catholiques, il était encore si utile, par sa seule présence, à l'honneur et au service de Dieu, qu'on ne pouvait lui permettre de se retirer. Bientôt après cependant, le soulèvement de toutes les sectes bannit les Jésuites de la Transylvanie ; et le P. Leieszi, malgré ses cruelles douleurs, dut partir pour l'exil au plus fort de l'hiver. Réduit à ne pouvoir plus travailler au salut des âmes, et sentant que sa mort était prochaine, il sollicita la faveur d'aller passer ses derniers jours auprès de Notre-Dame de Lorette ; il ne tarda pas à y expirer saintement, à l'âge de quarantesept ans, dont il avait passé dix-huit dans la Compagnie.

Sacchinus, Histor. Soc, part. 5, lib. 4, n. 66, p. 180. — Juvencius, Histor. Soc, part. 5, lib. 12, n. 134, p. 110. — Litterx aniiuse Soc. Jesu, anno 1594, p. 25. — P. Georg. Daroczi, S. J., Ortus et progressas collegii academici S. J. Claudiopolitani...^ Claudiopoli, 1736, c 2, p. 9 et passim. — Nadasi, Ann. dier. memor., 26" febr.^ p. 111. — Drews, Fasti Soc. Jesu, 26» febr., p. 76. — Patuignani, MenoL, 26 febbr., p. 226. — Alegambe, Mortes illustres, p. 164. — Tanner, Societas Jesu militans, p. 26. — SocHERUS, Histor. Provinc Austriœ, p. 230, 275, 292, 352, 406 seqq.

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