Ménologe de la Compagnie de Jésus
Le premier jour de juillet de l'an 1646, mourut à Catane, sa patrie, le P. Alphonse Marciiesana, qui par une disposition spéciale de Dieu ne remplit jamais auprès des âmes, dit son biographe, aucun ministère éclatant, mais n'en fut pas moins vénéré comme un apôtre et un saint. Il donnait le jour au travail des confessions, des catéchismes et des retraites, la nuit à l'oraison et à la pénitence ; après deux ou trois heures de sommeil pris sur la terre nue, avec une chaise ou un banc pour oreiller, il demeurait jusqu'au jour en oraison aux pieds de Jésus-Christ dans son tabernacle. Rien ne lui coûtait, dès qu'il s'agissait de préparer les moribonds à paraître devant Dieu. On le vit plus d'une fois, en pareille circonstance, demeurer trois jours et trois nuits sans sommeil et sans nourriture, heureux, au prix d'un pareil sacrifice, de A. I. — T. II. — 1. S
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leur ménager une sentence favorable de la part du souverain Juge. Le jeûne le faisait grandement souffrir ; mais cette souffrance était pour lui si pleine de charme, qu'outre le temps du carême, il se l'imposait encore tous les vendredis de l'année en mémoire de la Passion, les samedis en l'honneur de Notre-Dame, les quatre semaines de l'Avent et, selon la pratique de quelques 'saints, les quarante jours qui précèdent la fête des saints Anges et de leur glorieux chef saint Michel ; enfin les quatorze premiers jours d'août, pour se préparer à la fête de l'Assomption.
La pureté de cœur du P. Marchesana répondait à son esprit d'oraison et de pénitence ; mais elle ne l'empêchait pas d'aller chaque jour, souvent même plusieurs fois par jour, comme saint François de Borgia, se jeter aux pieds de son confesseur, tant il avait horreur de la moindre négligence. Huit jours avant sa mort, il eut un songe terrible. Il se vit tout h coup traîné au tribunal de Jésus-Christ ; les démons l'accusaient avec rage de ses fautes et de ses plus légères infidélités h la grâce ; déjà les terreurs de la justice divine l'envahissaient de toute part, lorsqu'il s'écria dans sa détresse : « J'en appelle h votre miséricorde, ô mon Dieu » ! Ce cri fut si déchirant qu'il se réveilla en sursaut. Les jours suivants, il fit avec un soin minutieux une confession générale de toute sa vie, et ses craintes étant dissipées, il se remit entre les bras de la miséricorde divine, et fut rempli, jusqu'à son dernier soupir, d'une douce et inaltérable paix.
Aguilera, Histor. Provinc. Sicul., t. % p. 474.
l*"" JUILLET. — PP. FRANÇOIS ET PHILIPPE PASSERI. 7
* Le premier jour de juillet de l'an 16S5, mourut à Lima dans le Pérou le P. Paul Emiliani, religieux d'un zèle ardent pour le salut des âmes, très versé dans la connaissance des langues indiennes, mais surtout admirable par sa patience à supporter pendant vingt ans la redoutable épreuve de la cécité. Condamné dans la force de l'âge à l'inaction et à un isolement presque complet, le P. Emiliani trouvait sa consolation dans un commerce plus intime et plus assidu avec Notre-Seigneur ; et comme si la perte de ses yeux n'avait pas encore contenté ses désirs de sacrifices, il y ajoutait les pénitences volontaires les plus rigoureuses. Il se traitait si cruellement, qu'on ne pouvait entendre sans frémir le bruit de ses flagellations ; son jeûne était si sévère qu'il tenait du prodige ; au témoignage des PP. Drews et Nadasi, il ne faisait que trois repas par semaine. Afin de se rendre utile en quelque manière et de contribuer à étendre le culte de la bienheureuse Vierge Marie, le saint aveugle consacrait ses longues journées de solitude à percer des grains de chapelets qu'on distribuait ensuite aux fidèles pauvres. Riche des mérites de son invincible résignation, le P. Emiliani s'endormit dans le Seigneur au jour même qu'il avait prédit d'avance. Il était âgé de soixante-six ans.
Nadasi, Annus dierum memorabilium Societ. Jesu, Antuerpise, 1665, 1 juliiy p. 4. — Dkews, Fasd Societ. Jesu, Brunsbergse, 1723, 1» j'ulii, p. 250.
*Le premier jour de juillet de l'an 1817, mourut au collège de Viterbe le P. François Passeri, auquel est indissolublement uni le
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nom du P. Philippe Passeri, son frère, mort quinze ans plus tard, à Nice, le 17 janvier 1832. Ils étaient jumeaux et appartenaient à une noble et riche famille de Rimini. Il serait difficile de trouver un plus gracieux exemple de parfaite ressemblance entre deux frères. Non seulement Philippe et François avaient mêmes traits de visage, même timbre de voix, même stature, mais encore mêmes qualités de l'esprit et du cœur, mêmes goûts, mêmes aptitudes ; on aurait dit qu'une seule âme animait leurs deux corps. Ils fréquentèrent ensemble les classes de notre collège de Rimini et obtinrent les mêmes succès. A seize ans, tous deux se sentirent appelés à la Compagnie de Jésus ; à la première ouverture que l'un fît h l'autre, celui-ci répondit que Dieu venait aussi de lui inspirer la même pensée. Ils revêtirent le môme jour l'habit de saint Ignace, au noviciat de Bologne, le 31 octobre 1767.
La tempête était alors déchaînée contre la Compagnie et devenait chaque jour plus furieuse. En 1773, pendant que Philippe et François Passeri suivaient les cours de philosophie au collège Sainte-Lucie, elle éclata d'une manière terrible contre les Jésuites de Bologne. L'archevêque de cette ville, le cardinal Malvezzi, ennemi déclaré de l'Institut de saint Ignace, s'armant d'un bref qu'il disait avoir reçu du Souverain Pontife Clément XIV, et qu'il refusa constamment de montrer, émit la prétention, après une suite de mesures vexatoires, de contraindre le P. Jacques Belgrade, Recteur du collège, h renvoyer dans leurs familles les novices et les Scolastiques ; et sur les observations respectueuses de celuici, il le fit jeter en prison et bientôt après expulser des Etats de l'Eglise. Puis son vicaire général alla de sa part au collège, et intima aux jeunes religieux qui s'y trouvaient l'ordre d'abandonner la