I*'" JUILLET. — PP. PHILIPPE ET FRANÇOIS PASSERI
Compagnie, sous la menace des censures canoniques s'ils osaient y rentrer. Tous les Scolastiques, et à leur tête les frères Passeri, protestèrent qu'ils ne pouvaient en conscience obtempérer à cette injonction, à moins d'avoir une preuve certaine que c'était la volonté du Saint-Père. Outré de cette résistance, le cardinal commanda de les enlever dans ses voitures, et de les conduire à une maison de campagne où tous les moyens furent mis en œuvre pour les amener à ses vues ; aucun d'eux ne céda. De guerre lasse, il leur fit arracher l'habit de la Compagnie par une troupe de soldats, et traîner sous bonne escorte jusqu'aux frontières de son diocèse.
Philippe et François retournèrent donc à Rimini. Ils se préparaient à se rendre dans un autre collège de la Province, lorsque le bref de Clément XIV vint anéantir leurs dernières espérances et consommer la ruine suprême. L'Ame brisée de douleur, mais résolus à demeurer à la suite de Jésus-Christ, ils achevèrent leurs études et reçurent ensemble le sacerdoce. Les honneurs ecclésiatiques ne tardèrent pas à les solliciter ; fidèles à l'esprit de leur première vocation, ils déclinèrent avec une fermeté invincible les offres les plus séduisantes.
A peine le duc Ferdinand de Bourbon eut-il, avec l'autorisation de Pie VI, confié à d'anciens Jésuites son collège des Nobles, les frères Passeri s'empressèrent de venir lui apporter leur concours. Mais l'invasion française les chassa bientôt et ils durent encore une fois rentrer à Rimini. Ils y attendirent, dans l'exercice de toutes les bonnes œuvres, l'heure désormais prochaine où le Souverain Pontife, cédant aux vœux du monde catholique, allait rétablir la Compagnie de Jésus ; et en effet, dès que la bulle SolUcitudo omnium ccclesiarum eut paru, ils furent des premiers à aller se re- A. I. — T. II. — 2.
10 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.
mettre sous la règle de saint Ignace, à l'âge de plus de soixante ans.
Un grand sacrifice ne tarda pas à leur être demandé. Ils venaient de se lier par les vœux de Goadjuteurs spirituels. Jusqu'à cette époque, ils ne s'étaient jamais quittés ; l'âge n'avait ni effacé ni altéré aucun des traits de leur parfaite ressemblance ; la même affection vive et tendre les unissait toujours. A la voix de l'obéissance, ils durent se séparer ; Philippe fut envoyé à Reggio d'Emilie et François au nouveau collège de Viterbe. Celui-ci eut à peine le temps de se rendre utile : il fut emporté à l'àgc de soixante-six ans, le l"' juillet 1817, par une maladie contagieuse. A cette nouvelle, immense fut la douleur du P. Philippe Passer! ; la blessure ouverte par cette mort au plus intime de son Ame ne se ferma jamais ; il ne cessa de pleurer son frère. Il passa les douze dernières années de sa vie au collège de Nice, répandant autour de lui le plus suave parfum d'édification, tout entier aux pauvres, aux enfants, aux prisonniers.
Il était d'une simplicité charmante, fruit de la grâce et de l'innocence toujours conservées ; l'auteur de sa notice en cite plusieurs traits gracieux. Le bon vieillard se flagellait chaque jour avec tant de rigueur qu'on entendait les coups des appartements voisins ; les étrangers, lui disait-on, et les pensionnaires eux-mêmes pouvaient les compter : « Eh bien, répondit-il avec un aimable sourire, cela les édifiera ; permettez-moi de continuer ». Quand il fut sur le point de rendre le dernier soupir, le Père Recteur lui suggérait des pensées et des sentiments conformes à son état, et craignant de n'être pas suffisamment entendu, il forçait un peu la voix, et lui demandait si rien ne lui causait de trouble et d'in-