‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 101 sur 362 · XXIII AOUT · texte numérisé non relu

XXIII AOUT

Vers le vingt-troisième jour d'août de l'an 1607, mourut saintement au collège de Naples le P. Philippe Pantaleone, doué d'un rare talent pour inspirer aux élèves de nos collèges et aux jeunes religieux de la Compagnie l'amour de la perfection. Sa pieuse mère lui avait fait de bonne heure connaître et chérir filialement la très sainte Vierge; ce fut là pour lui, comme il se plaisait à le répéter dans la suite, une inépuisable source de grâces. A peine avait-il sept ou huit ans, que la Reine des Anges lui apparut un jour, comme il le déclara lui-même sur son lit de mort au P. Antoine Spinelli, son Provincial. Marie était dans tout l'éclat de sa divine beauté ; après lui avoir prodigué les plus douces caresses : « Philippe, ajouta-t-elle, souviens-toi que tu es désormais le partage propre de Dieu » ; puis elle le présenta à son divin fils Jésus, qui l'accueillit avec la même tendresse. Dès ce moment il se considéra, disait-il, comme consacré irrévocablement et sans réserve à l'honneur et au service de Dieu.

Quelque solitude lointaine, où n'arriverait aucun bruit du monde, lui paraissait alors seule capable de réaliser ses projets ; il s'échappa secrètement de Naples, avant le terme de ses études, pour aller chercher la vie religieuse au monastère du Mont-Cassin.

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A la nouvelle de sa fuite, son père le poursuivit en toute hâte, bien résolu à le ramener de force, s'il le fallait. Mais en entrant dans une église, il trouva son fds prosterné en prière devant une image de Marie ; il fut si touché de sa ferveur, qu'il se contenta de lui dire avec bonté: « Philippe, suivez-moi». Et celui-ci, comme s'il eût entendu la voix de Dieu même, se leva sur-le-champ et le suivit. Il reprit alors le cours de ses études, et ne pensa plus qu'à vivre en saint au milieu du monde. Sa science du droit et sa haute réputation de vertu lui firent même confier le gouvernement de plusieurs villes. Mais tout ce qui n'était pas du culte et du service de Dieu ne lui inspirait que fatigue et dégoût. Il était arrivé à l'âge de trente-quatre ans. Dans un entretien qu'il eut avec le P. Spinelli : « Oh ! que volontiers, lui dit-il, si mon âge me le permettait encore, j'entrerais dans la Compagnie de Jésus » ! Le Père ayant répondu que si Dieu l'appelait, son âge ne serait pas un obstacle, i 1 ne prit que le temps de mettre ses affaires en ordre, et vint plein de joie, peu de jours après, se renfermer au noviciat.

L'enseignement des plus sûres voies qui mènent à Dieu, surtout par la prière et par le crucifiement de soi-même, fut l'occupation principale et très utile aux âmes du P. Pantaleone, durant les vingt-cinq ans qu'il vécut encore à Rome et à Naples. II mérita d'être appelé jusqu'à la fin, comme il l'avait été par la sainte Vierge elle-même, au témoignage du P. Nadasi, le fils de Jésus crucifié. Parvenu au terme de sa sainte vie, et dévoré d'une fièvre ardente, on l'entendait répéter doucement : « Seigneur, il me serait bien doux de mourir. Mais cependant que votre volonté s'accomplisse » ! Quand tout espoir de le conserver fut perdu, son oraison jacula-

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toire de prédilection, qu'il se faisait souvent redire, était cette strophe de l'Kg-lise : a Rex tremendse niaj estât is, qui salvandos saluas gratis, salva me, fons pietatis ». Car il y trouvait réunis, disait-il, les trois sentiments de crainte, de confiance et d'amour si nécessaires à une âme qui va paraître devant Dieu.

ScHiNOsi, Istor. délia Provinc. di Napol., t. 2, p. 378. — Sa-ntagat/i, Istor. délia Prov. di Nap., t. 3, p. 273 et suiv. — N\oa.si, Ann. dier. memor., 18» nug., p. Hl. — Patrignani, Menol., 18 ngost., p. 155.

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