‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 118 sur 362 · V SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

V SEPTEMBRE

Le cinquième jour de septembre de l'an 1654, mourut saintement à Pékin le P. Nicolas Longobardi, Sicilien, qui travaillait encore avec ardeur au salut des âmes, malgré le poids de ses quatre-vingt-dix-huit ans, dont il avait passé soixante-treize dans la Compagnie et cinquante-huit aux extrémités de l'orient. Nul autre des premiers compagnons de Matthieu Ricci n'eut plus de part à la création de ces belles églises de Chine, dont l'établissement devait être si long et si laborieux. Là surtout, le premier mérite d'un missionnaire était de se dépouiller sans réserve de tout ce qui jusqu'alors avait fait sa vie ; et bien peu, même parmi les jeunes gens, pouvaient en venir à bout. Or le P. Longobardi avait déjà plus de quarante ans, lorsqu'il fut envoyé dans la mission naissante de Tchao-Tchéou. Sentant bien que pour se transformer si complètement, il ne lui fallait rien moins qu'un miracle, il commença sur-le-champ, afin de mieux l'obtenir de Notre-Seigneur, cette vie de prière, de travail et de pénitence que rien ne devait plus lui faire abandonner jusqu'à la mort. On peut en juger par ce seul fait que, dans sa quatre-vingt-dix-huitième année, il jeûnait encore tout le carême, se flagellait deux fois par jour, et n'avait d'autre lit qu'une simple natte, même durant l'hi-

ver. Il passait une grande partie de ses nuits au pied du saint Sacrement, et consacrait le jour à prêcher ou à composer péniblement ses livres de science et de religion, qui créèrent une si haute influence, jusque dans le palais impérial, aux prédicateurs de l'Evangile. Les âmes arrachées aux ténèbres de l'infidélité par son zèle sont sans nombre. Dans un seul village, il baptisa jusqu'à huit cents personnes en deux mois. En récompense de ses immenses travaux, le P. Mutins Vitelleschi lui accorda la faveur bien rare d'échanger, à l'âge de plus de soixante ans, les vœux des Coadjuteurs spirituels contre ceux des Profès.

Quand le P. Longobardi se sentit défaillir, blessé à la tête par une chute que son grand âge rendit mortelle, il pria le P. Adam Schall, pour tout soulagement à ses douleurs, de lui lire, dans l'Evangile, le récit de la Passion ; et comme un de ses compagnons lui demandait, à ses derniers instants, s'il éprouvait quelque sentiment de terreur ou d'affliction : « Que me parlez-vous, ô mon Père, répondit aussitôt l'homme de Dieu, en levant les yeux et les mains vers le ciel, ([ue me parlez-vous d'aflliction ou de terreur, quand j'entends lire les souffrances de Jésus-Christ » !

.JuvENCius, Histor. Soc, Jes., part. 5*, /. 19, n. 17, p. 538. — Cord\itA. Hist. Soc, part. 6' , l. 9, n. 211, p. .535. — Bautoli, La Cina, l. {, p. 118; /. % p. 390 et suiv., p. 402 et suà'.; l. h, p. 1058, 1116. — SoTUELLiis, Bibliolh., p. G31. — ue Backer, Biblioth., 1*"^ édit., t. 5, p. 438. — Nadasi, Ann. dicr. ineinov., 1" sept., p. 138. — Drews, Fasti Soc. Jes.., I» sept., p. 338. — Aguilera, Histor. Proi'inc Sicul., t. 2, p. 600 seqq. — Pfister, Notices biogr. et bibliogr., n" 13. — Mongitore, Bibliolh. Sicul.. t. % p. 90. — Biographie univers. , t. 25.

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