‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 134 sur 362 · XIII SEPTEMBRE, P. ANTONIN TRIGONA · texte numérisé non relu

XIII SEPTEMBRE, P. ANTONIN TRIGONA

fois par une déchurg-c g-cnurale d'artillerie. Ceux qui enveloppèrent le cadavre dans son linceul, ne trouvèrent pas sans admiration sur la poitrine du F. Giorgi une pieuse image, enfermée dans un petit cadre de métal, que fixaient dans sa chair cinq pointes aiguës en l'honneur des cinq plaies de Jésus en croix, et qu'il n'avait pas même voulu quitter au milieu de son agonie.

Patrignani, Mcnol.^ 13 sclt., p. 93.

* Le treizième jour de septembre de l'an 1719, mourut à Macao, en vue des rivages de la Chine, après lesquels il avait longtemps soupiré, le P. Antonin Trigona, d'une des premières familles de Syracuse. Son enfance fut tout embaumée des plus suaves parfums de l'innocence et de la piété ; il ne se plaisait qu'à dresser des autels, à visiter les églises, à prier. Bientôt, il se sentit fortement incliné vers la Compagnie. Mais il était fils unique ; un noble héritage l'attendait ; le duc son père protesta d'un ton très ferme qu'il ne donnerait jamais son consentement. Pendant plusieurs années, toutes les instances de son fils se heurtèrent à d'inflexibles refus. Antonin ne se rebuta point. 11 se promenait un jour sur le bord de la mer près de Catane, avec le duc et un ami de la famille. L'air triste et préoccupé, il promenait ses regards sur les flots ; tout à coup, il pousse un profond soupir. Son père s'inquiète, demande s'il souffre, s'il désire quelque chose : « Oui, dit-il, je voudrais aller en Espagne». — Que faire en Espagne »? — « Vous le savez, notre famille, par ma mère, tire son

origine de l'illustre maison des Borgia ; grâce à cette parenté et aux talents que je tiens du ciel, il me semble que je pourrais, sans trop de peine, arriver à prendre rang parmi les grands d'Espagne ». A ces paroles, le duc est transporté de joie ; il félicite son fils ; il s'offre à pourvoir largement à ses dépenses. Alors le jeune homme, prenant un ton grave : « Eh quoi, dit-il, quand je veux être grand d'Espagne, votre Seigneurie n'a nulle peine à me laisser partir au loin ; au contraire, elle m'encourage ellemême ; elle ne considère ni dépenses ni dangers. Pourquoi donc fait-elle des difficultés quand j'ambitionne les vraies grandeurs, et que je les demande à la Compagnie de Jésus »? A cette réplique inattendue, le duc se sentit désarmé ; et sa foi dominant les tendresses de la nature : « Allez, mon fils, s'écria-t-il en versant un torrent de larmes, allez où Dieu vous appelle ; dès maintenant, je vous bénis ».

Antonin Trigona s'empressa de se rendre au noviciat de Messine ; et presque aussitôt, il sollicita la faveur d'aller ensevelir sa vie dans les missions de Chine. Les supérieurs résistèrent longtemps à ses prières, et ce fut seulement après son élévation au sacerdoce qu'ils se laissèrent enfin fléchir. Son zèle et ses rares qualités promettaient de grandes choses pour la gloire de Dieu. Mais il fut arrêté sur le seuil même de sa mission. En arrivant à Macao, il tomba malade et ne tarda pas à être réduit à toute extrémité. Aucune plainte ne s'échappa de ses lèvres ; il ne voyait dans la mort comme dans la vie que la très sainte volonté de Dieu. Après avoir exalté son bonheur d'expirer enfant de l'Eglise catholique et dans la Compagnie, il remercia humblement Notre- Seigneur d'avoir gardé son âme pure de toute faute grave, fixa

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un moment ses yeux sur le crucifix, dit : /// inanus tuas commen- (lo spiritum meum, et rendit son dernier soupir. II n'était âgé que de trente-deux ans, et en avait passé neuf dans la Compagnie.

BoERo, Ex Elog. defunctor. Provinc. SicuL, et ex Relat. Pruv. Siiiicœ (Arc/i. Rom.).

* Le treizième jour de septembre de l'an 1748, mourut à Soutcheou, étranglé pour sa foi par la main du bourreau, le P. Tristan DE Attimis, de la Province de Venise. Il était né dans le Frioul italien, d'une noble et antique famille où les traditions d'honneur et de piété étaient héréditaires. Encore tout enfant, il annonçait déjà qu'il voulait être martyr. Après de brillantes études au séminaire d'Udine, il alla suivre les cours de l'université de Padoue. Il n'avait pas encore de projets arrêtés et connaissait peu la Compagnie. Les sorties perpétuelles de son professeur de littératui'e grecque et latine contre les Jésuites, furent l'occasion dont Dieu se servit pour l'attirer parmi eux. Il en étudia de plus près l'histoire et les règles ; et comme il avait le cœur droit, il fut non seulement éclairé, mais séduit, et sollicita l'honneur de s'engager sous le même drapeau. Quand il partit pour le noviciat de Bologne, à l'àge de dix-huit ans, sa pieuse mère lui demanda quel nom il prendrait, puisque celui de Tristan n'était pas au martyrologe. « C'est vrai, répondit-il ; mais ce nom peut et doit devenir le nom d'un saint ; je n'aurai donc pas à en changer ».

Le tableau de sa vie religieuse, tracé par un de ses compagnons, montre que le jeune Tristan prit en effet au sérieux, dès le premier jour, cette résolution de devenir un saint. Par son humilité,

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son abnégation, sa charité aimable et empressée, son esprit de dévouement, il était le modèle de tous ses frères ; en même temps, par la variété et l'étendue de ses connaissances, il promettait un ouvrier très utile, et sa Province fondait sur lui de grandes espérances. Le P. de Attimis venait de faire sa profession solennelle, lorsqu'il sentit au fond de son cœur une voix puissante qui l'invitait aux missions de la Chine. Il fut comme bouleversé par cet appel inattendu ; une horreur presque invincible s'empara de son âme et le jeta dans une sorte d'agonie. Mais bientôt, faisant taire ces frayeurs et ces révoltes de la nature, il répondit avec courage : <i Ecce ego, mitte me; me voici. Seigneur, envoyez-moi ». Il écrivit sur-le-champ au Père Général et renouvela plusieurs fois ses instances; et quand enfin la réponse tout à la fois désirée et redoutée lui pai'vint à Parme, où il occupait la chaire de philosophie, il voulut obéir à l'heure môme ; et sans changer de vêtements, sans emporter d'autre bagage que son bréviaire, il partit au milieu des larmes de regret et d'admiration de ses écoliers et des Pères du collège.

Sa carrière apostolique fut de courte durée. Il n'était pas encore depuis trois ans dans la province de Nankin, lorsque la persécution se déchaîna. Arrêté par les satellites du vice-roi, et jeté en prison, il y fut rejoint quelques jours après par le P. Antoine- Joseph Henriquez. Il y languit près de neuf mois, confondu avec les plus insignes malfaiteurs, dont les blasphèmes lui paraissaient encore plus intolérables que les souffrances des chaînes et de la faim. Vainement les missionnaires de Pékin essayèrent de faire parvenir à l'empereur un mémoire en faveur des captifs ; vainement le F. Castiglione, qui jouissait des bonnes grâces du souverain, se

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