‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 133 sur 362 · XIII SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

XIII SEPTEMBRE

Le treizième jour de septembre, l'an 1723, mourut sur l'océan, vers l'entrée du golfe du Mexique, le F. Goadjuteur Jérome-Marik GioRGi, parti de Rome pour le Nouveau-Monde dans l'espoir d'y souffrir plus que partout ailleurs pour Jésus-Glirist. Né d'une pauvre famille de Sienne, il avait été reçu à dix-huit ans parmi les novices de Florence. Dès les premiers jours, le P. Joseph Sotomayor, Maître des novices, reconnut clairement que son jeune disciple était appelé à une vie de mortification et de crucifiement, en union avec Notre-Seigneur. 11 ne crut donc pas pouvoir devant Dieu lui refuser l'usage des pénitences vraiment effrayantes que le bon Frère ne cessait de solliciter. Sa vie était un jeûne perpétuel, et très souvent au pain et à l'eau ; son lit, une planche nue ; et encore il la remplaça plus tard par des fagots de branches noueuses. Il veillait et se flagellait une grande partie de la nuit ; le jour, bien que son travail fût très rude, il ne se dépouillait, ni de son cilice, ni de plusieurs chaînes de fer, qui pénétraient profondément dans sa chair. La seule vue de ce saint religieux inspirait à un tel point le dévouement et l'amour de Notre-Seigneur, que sur ses vingt années de vie religieuse, il en passa près de dix-sept comme compagnon du Maître des novices dans les deux A. I. — T. II. — 38. 297

298 MÉNOLOGE S. J, — ASSISTANCE d'iTALIE.

noviciats de Rome et Je Florence. II ne songeait pas cependant à quitter l'Europe, lorsqu'il apprit un jour que, dans la maison de Saint-André, un de ses frères, par crainte de la souffrance, venait de refuser les missions lointaines, après les avoir jadis instamment réclamées. « Eh ! bien, puisqu'il y a tant à souffrir, s'écria-t-il, c'est précisément là ce qu'il me faut » ! Et ses prières furent si ardentes, qu'il obtint de partir pour la Nouvelle-Espagne. Mais Dieu devait se contenter de sa bonne volonté.

Sur le vaisseau qui l'emportait de Cadix à la Vera-Cruz, le F. Giorgi ne vécut qu'un mois. Ce peu de temps lui suffit néanmoins pour recevoir de l'équipage et des passagers, les beaux noms de saint et d'apôtre. II ne voulait être considéré que comme le serviteur de ses frères, se tenait toujours debout derrière eux pendant les repas, et se retirait ensuite humblement pour aller partager le dîner des pauvres. Voyant un de ces malheureux qui n'avait pas oii prendre son repos, il obtint de lui donner en aumône les draps et le matelas que l'on avait mis à son usage. Presque tout le jour, il allait à la recherche des pécheurs et des affligés, leur gagnait doucement le cœur, les disposait à rentrer en grâce avec Dieu, et les amenait à ceux de ses compagnons qui étaient prêtres, pour se confesser. Un seul trait fera mieux comprendre la réputation de sainteté qu'il s'était acquise. Dès qu'il eut rendu le dernier soupir, le capitaine, partageant la douleur et le vœu unanime des passagers, résolut de faire embaumer son corps et de le conserver sur le vaisseau jusqu'à la Vera-Cruz ; et comme le supérieur de nos Pères et Frères crut devoir s'opposer à un hommage si extraordinaire, il voulut au moins, quand la sainte dépouille fut abandonnée à la mer, la saluer une dernière

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