XXII SEPTEMBRE
Le vingt-deuxième jour de septembre de Tan 1619, mourut à Carthagène, dans la Nouvelle-Grenade, le P. Charles d'Orta, né à Giugliano près de Naples, et compagnon de saint Pierre Claver dans le pénible apostolat des pauvres esclaves, durant la dernière année de sa vie. Long-temps, son caractère indocile à tout frein désola sa famille et la fit trembler pour l'avenir. Les reproches et les châtiments ne servaient qu'à l'exaspérer. Dans toute l'effervescence- de la jeunesse, il avait résolu d'embrasser le parti des armes pour se soustraire à la vue même de son père et de sa mère, quand deux zélés missionnaires de la Compagnie vinrent évangéliser la ville où il était né. Au milieu d'un de leurs sermons, Charles d'Orta fut terrassé par la grâce ; se prosternant aussitôt aux pieds de son père, il lui adressa publiquement les paroles de l'enfant prodigue : « Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre vous », et promit avec larmes de commencer une nouvelle vie. 11 tint parole, se donna tout à Dieu, reçut peu après les ordres sacrés, et à l'âge de vingt-neuf ans, devint le premier disciple et le plus actif coopérateur du saint et célèbre P. PVançois Pavone, dans son œuvre par excellence, celle d'une congrégation de clercs et de prêtres. C'était à lui que le saint directeur s'adres-
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sait toujours, quanti il songeait à introduire dans cette fervente assemblée quelques nouvelles pratiques de piété, de zèle des âmes ou de pénitence.
Deux ans plus tard, Charles d'Orta quittait Naples avec l'approbation du P. Pavone, pour se consacrer au salut des habitants de Giugliano. Cent quarante ans après sa mort, la belle congrégation de la sainte Vierge, qu'il y fonda, passait encore dans tout le royaume pour une des plus florissantes écoles de sainteté. Cependant l'exercice de l'apostolat ne faisait qu'enflammer son zèle ; il eût avec joie donné tout son sang pour gagner à Jésus-Christ de nouvelles âmes. Il vint donc à trente-trois ans solliciter la plus humble place parmi les novices de la Compagnie, et pour s'essayer de suite, disait-il, à tout ce qu'il lui faudrait plus tard endurer parmi les apôtres et les martyrs, il fit si bien, que son Père Maître lui accorda l'usage des plus rudes macérations. Enfin à trente-six ans, le P. d'Orta mérita d'être choisi pour compagnon du saint apôtre des Nègres de Carthagène et de mourir glorieusement à la peine, avant la fin du quinzième mois de son héroïque apostolat. « Ici, disait-il à ses chers congréganistes de Giugliano, en leur écrivant des rivages du Nouveau Monde, l'air est détestable, la terre s'agite, le soleil dévore, les tempêtes sont formidables, l'eau est amère et les insectes ne laissent aucun repos. Mais que Notre-Seigneur, je l'en supplie, me fasse bien comprendre la grâce que j'ai reçue de lui, en obtenant une telle destination ! . . . C'est à qui soufl're la faim, la soif et toutes les incommodités d'ici-bas, qu'est promise la bénédiction des pauvres d'esprit ! . . . . Et pour moi, je bénis Dieu, d'avoir ainsi comblé mes désirs de soufi'rir enfin quelque chose pour son amour ».
332 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE d'iTALIE.
Santagata, Istoria délia Provinc. di Napoli, t. k, p. 50 et suii>., p. 133 el suiv.
* Le vingt-deuxième jour de septembre de l'an dG40 mourut à Modène en assistant les pestiférés le F. Antoine Biancani, de Bologne, neveu du célèbre mathématicien et astronome, le P. Joseph Biancani. Il aurait pu aspirer à l'honneur du sacerdoce ; mais il préféra servir Notre-Seigneur dans les plus humbles offices domestiques. Son unique ambition était de donner sa vie pour ses frères. Dans chacune de ses actions et de ses prières, remarque l'auteur de son éloge, il avait en vue cette glorieuse palme du sacrifice. Aussi quand la peste se fut déclarée à IModène, et que le F. Biancani, pour prix de son dévouement au service des malades, se vit à son tour atteint par la contagion, sa joie ne connut point de bornes, et il remit à Dieu son âme dans un transport de reconnaissance et d'amour. 11 n'était âgé que de vingt-neuf ans et en avait passé dix dans la Compagnie.
CoRDARA, Histor. Societ. Jesii, part. 6» , lib. 15, n. 40, p. 359. — Ale- GAMBE, Mortes illustres, anno 1630, p. 332. — Sgtuellijs, Biblioth. Scriptor. Soc. Jesu, p. 521.