‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 151 sur 362 · XXIII SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

XXIII SEPTEMBRE

Le vingt-troisième jour de septembre tic l'an 45G9 , mourut à Tours, victime de sa charité au service des troupes pontificales, le F. Scolastique Lelio Sanguini, Romain. Un trait qui rappelle celui de saint Jean Gualbert, lui avait mérité la grâce de la vocation religieuse, et peu de jours après celle de son entrée dans la Compagnie. Son père avait été tué par un de ses parents. Il pardonna de bon cœur au meurtrier. Mais apprenant, déjà novice, que les juges se préparaient à en venger la mort, il alla, en compagnie du Père Général , se jeter aux pieds du Souverain Pontife, et le conjura d'arrêter les rigueurs de la justice. Quatre ans après, le F. Sanguini s'offrit à saint François de Borgia pour accompagner en France quelques-uns de nos Pères, que le Pape Pie V avait demandés comme aumôniers des troupes romaines, envo3^ées au secours du Roi très chrétien . Les souffrances de cette expédition furent telles, qu'une grande partie des soldats et tous les compagnons du F. Sanguini tombèrent malades. II dut alors se charger à lui seul de toutes les œuvres de miséricorde, préparer les mourants au dernier passage, et souvent même ensevelir les cadavres de ses propres mains. Notre-Seigneur l'en récompensa, par l'assurance de sa prochaine béatitude, et lui

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envoya, pour l'assister à ses derniers moments, le P. Antoine Possevin. Le F. Sanguini fut accompagné clans la tombe par les regrets unanimes des soldats, et enterré avec honneur dans une des églises de Tours.

Sacchinus, Histor. Societ. Jes., pari. 3* , /. 5, n. 146, p. 236. — P.v- TRiGNANi, Menol., 23 selt., p. 194.

* Le vingt-troisième jour de septembre de l'an 1663, mourut au collège de Mexico le P. Pierre-Jean Gastini, de Plaisance au duché de Parme. Entré au noviciat de Padoue à l'âge de seize ans, il se sentit bientôt un ardent désir d'aller verser son sang pour le nom de Jésus-Christ dans- les missions du Japon ; et avant même la fin de ses études, il s'embarqua pour l'orient. Mais à défaut d'un navire qui suivît la route directe, il lui fallait passer par le Mexique, pour atteindre de là les Philippines et gagner ensuite le terme de son voyage. En arrivant à Mexico, il fut retenu par le Père Provincial. On avait appris en effet que la persécution sévissait avec plus de violence que jamais au Japon ; les missionnaires étaient condamnés à l'exil, et toute voie de retour au milieu de leurs chrétiens leur était inexorablement fermée. C'est parmi les tribus de Cinaloa que le P. Castini devait trouver, sinon l'honneur du martyre, du moins la joie de beaucoup travailler et de beaucoup souffrir pour son divin Maître. Ces missions, fondées quelques années auparavant, avaient été arrosées et fécondées par le sang du P. Gonzalve de Tapia, ^leur premier apôtre, et par celui de vingt-quatre de ses successeurs.

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Le p. Castini passa plus de vingt années au sein de ces nations, dont plusieurs n'avaient pas encore entendu la bonne nouvelle. 11 y supporta des fatigues extrêmes et courut plus d'une fois des dangers de mort ; il avait à lutter non seulement contre l'indolence naturelle à ces barbares, mais contre leurs superstitions et contre les calomnies de leurs prêtres, qui leur représentaient le baptême comme un poison mortel. Avec une patience que soutenait seul l'amour des Ames, il apprenait aux hommes à cultiver la terre, aux femmes à filer et à tisser la laine. Son zèle fut récompensé : en une seule année, il convertit jusqu'à mille familles ; et bientôt on vit fleurir les vertus chrétiennes, la dévotion à la très sainte Vierge, la fréquentation des sacrements, l'union et la paix entre les tribus rivales, là où régnaient auparavant les vices du paganisme, et des guerres continuelles.

Au milieu de ces travaux, les forces du P. Castini s'étaient épuisées. 11 fut rappelé à Mexico. Sa charité n'y demeura pas inactive. II y fonda la magnifique congrégation dite de la Purissinia, qui cent ans après se gouvernait encore par les sages règlements qu'il lui avait donnés, et dont tous les membres, ecclésiastiques et hommes du monde, remplissaient la ville des exemples de leur piété. Non moins admirables étaient les autres vertus du P. Castini. Longtemps obligé de vivre avec des peuples qui ne connaissaient aucune retenue, il protégeait la pureté de son corps et de son àme par l'usage continu du cilice et de sanglantes flagellations. Sans cesse uni à Dieu, il était souvent favorisé de grâces extraordinaires ; il lisait dans l'avenir ; il pénétrait le secret des cœurs. Si tendre et si profond était son amour pour nos saintes règles, qu'il en faisait le sujet ordinaire de ses méditations, et

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que dans les missions il ne se dispensait d'aucun exercice de piété.

De pénibles épreuves de l'àme et du corps l'assaillirent la dernière année de sa vie, mais ne purent ni lasser son courage ni diminuer son inaltérable confiance. Quand le P. Castini eut remis à Dieu sa sainte âme, encore ornée de l'innocence du baptême, il fallut toute l'autorité du vice-roi pour protéger ses restes contre l'indiscrétion des fidèles, qui avaient déjà mis ses vêtements en pièces et se les partageaient comme les reliques d'un saint. Le P. Castini était âgé de soixante-seize ans ; il en avait passé soixante dans la Compagnie, et quarante-sept dans les missions du Mexique.

Cassani, Varones ilustres, t. 3, />. 462-500. — Oviedo, Menol. de los Varones . . . de Nueva Espaha . . ., 1747, 23 septiembre, p. 172. — Som- MERVOGEL, BibUot/iôque, t. 2, p. 852. — Alegre, Historia de la Conipania de Jésus en Nueva-Espaha . . . , Mexico, 1842, t. % p. 433,

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