XXIV SEPTEMBRE
* Le vingt-quatrième jour tle septembre de l'an 1777 mourut ù Viterbe le P. Ignace Franciscis, Sicilien. Entré clans la Compagnie à l'Age de quatorze ans, il se pénétra si profondément de son esprit d'obéissance, de zèle et d'abnégation qu'il put ensuite supporter sans faiblir les plus rudes travaux et les plus amères épreuves. La Province de Quito se trouvait obligée, faute d'hommes, d'abandonner une de ses missions. Le Père Général, touché de sa détresse, fit un appel aux Provinces d'Europe, et seize ouvriers, parmi lesquels était le P. Franciscis, allèrent à son secours.
Dès qu'il fut en état de prêcher, le P. Franciscis s'enfonça au milieu des tribus indiennes qui errent le long des côtes du Pacifique, près de l'isthme de Panama ou peuplent les rives du Maragnon et de ses affluents. Là, au prix de fatigues incroyables, il gagnait ces âmes rachetées par le sang de .lésus-Ghrist et les amenait au bercail du divin Pasteur, quand tout à coup parut le décret par lequel Charles 111 d'Espagne bannissait la Compagnie de toutes les terres soumises à sa couronne. En même temps, une lettre de son supérieur enjoignait au P. Franciscis de se rendre sans retard à tel lieu qu'il lui désignait. L'àme remplie de tristesse, mais soumis à la sainte volonté de Dieu, le missionnaire A. I. ï. II. 43. 337
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se sépara de ces pauvres Indiens pour lescjuels il aurait donné sa vie, et se mit en route. A l'endroit indiqué, il trouva seize autres Pères avec lesquels, suivant l'ordre d'exil, il devait être ramené en Europe. Par une rigueur qu'on a peine à s'expliquer dans des circonstances déjà si pénibles en elles-mêmes, le supérieur, homme un peu fantasque et exalté, leur avait tracé pour le voyage un règlement si austère qu'on ne l'imposerait pas, dit la relation à laquelle nous empruntons ces détails, dans les noviciats les plus rigides : le silence devait être perpétuel, à part les moments de récréation ; tous les exercices du jour devaient se faire à des heures fixées et être annoncés au son de la cloche. Or, il faut le dire à l'honneur de ces hommes qu'on a voulu représenter comme déchus de la pureté de leur Institut, et à l'honneur aussi de la Compagnie qui les avait formés, ils obéirent sans murmurer ni se plaindre, et jusqu'au terme de leur longue course, ils portèrent avec une patience héroïque cette lourde croix ajoutée à toutes les autres.
Il leur fallut d'abord descendre le Maragnon jusqu'à son embouchure, sur deux misérables tartanes ou grands canots, où ils demeuraient exposés jour et nuit à toutes les intempéries de l'air. Cette première navigation dura trois mois. A leur arrivée à Para, ils furent, en attendant le départ d'un vaisseau, ensevelis moins dans une prison que dans un tombeau. Ce lieu était si étroit qu'ils avaient peine à s'y tenir, et si obscur qu'ils devaient y garder jour et nuit une lampe allumée. Enfin ils purent sortir de leur réduit, mais c'était pour l'échanger contre un autre, non moins pénible. On les jeta à fond de cale d'un navire suédois en partance pour l'Europe, où, entassés les uns sur les autres, ils ne
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recevaient de jour que par une petite lucarne qui leur permettait h peine de dire leur bréviaire. Ce supplice se prolongea deux mois entiers sans ([ue les généreux confesseurs de Jésus-Christ perdissent patience ou manquassent à la règ-le qui leur avait été imposée. A Lisbonne, au lieu de repos, ils trouvèrent les cachots du fort Saint-Julien ; Pombal les y retint quarante jours, avant de les faire transférer à Cadix. « Là enfin, dit l'auteur que nous avons déjà cité, s'achevèrent ces sept mois d'agonie, supportée avec une invincible et héroïque patience, pour le seul amour de Dieu Notre-Seigneur ».
Le corps brisé par tant de fatigues, mais l'àme toujours vaillante, le P. Franciscis se retira au collège de Viterbe et continua d'y séjourner, même après la suppression de la Compagnie, unissant aux travaux apostoliques que ses forces lui permettaient en-^ core de soutenir, rcxercice de la prière et l les pratiques de la plus ardente piété. Riche des mérites de sa patience, il s'endormit saintement dans le Seigneur, à l'âge de soixante-treize ans, dont il avait passé cinquante-quatre dans la Compagnie.
BoEno, Relut., ms. (Arc/i. Rom. ).