V OCTOBRE
Le cinquième jour d'octobre de l'an 1G36, mourut dans la capitale du Congo le P. Lacïance Legnardi, Recteur depuis un mois seulement du petit collège de cette ville. Il était né à Città di Castello en Ombrie ; il exerçait à Rome le saint ministère, lorsque la vue de nos Pères l'attira doucement à la Compagnie. Durant le temps même de son noviciat, le P. Nuno IMascarenhas, alors Assistant du Portugal, lui ayant proposé les rudes missions des côtes d'Afrique, Leonardi se déclara prêt à partir, si l'obéissance l'y autorisait, et peu après il s'embarquait pour Lisbonne, où il prononça ses premiers vœux. L'année suivante, il monta sur un vaisseau qui faisait voile pour Angola ; et plus d'une fois dans la traversée, ses compagnons eurent lieu d'admirer la générosité de son âme.
Ayant reçu l'ordre à son arrivée de s'arrêter au collège de Loanda pour y faire la classe aux enfants nègres, il ne vit là que ce qui pouvait plaire à Notre-Seigneur, et à force de zèle et de patience, il parvint à changer ces pauvres sauvages en véritables enfants de Dieu. En môme temps, pour soulager ses frères, et comme s'il eût été le moins épuisé par le climat ou par la fatigue, sa délicate charité avait obtenu de faire tous les jours
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la lecture à table, tant il lui semblait naturel do servir toujours et de ne jamais être servi. Nomme enfin Recteur du petit collège du Congo, il y était à peine depuis trois jours, lorsqu'une fièvre dévorante le saisit et l'emporta dans l'espace de trois semaines. Sa maladie et sa fin rapide montrèrent combien il était cher à ce pauvre peuple. On eût pu croire, pour emprunter les expressions d'un de nos historiens portugais, que c'était alors, dans tout le pays, le temps des stations de la semaine sainte; tant était grande la foule qui remplissait toutes les chapelles, demandant avec larmes la guérison du P. Leonardi. Le roi lui-même venait assidûment s'asseoir au chevet du mourant, et reçut son dernier soupir, le visage baigné de pleurs ; puis s'efForçant malgré sa douleur de consoler les deux compagnons de l'homme de Dieu : « Oh ! qu'il doit être heureux maintenant, leur dit-il, celui qui était venu de si loin faire connaître à tant d'ames le Seigneur qui les a créées » !
Fr.\nco, Annus gloriosus Soc. Jesu in Lusilania, 5» octob.^ p. 575. — Id., Synopsis Annalium Soc. Jesu in Lusil., anno 1636, p. 269. — pAira- GNANi, Menai. , 5 oltob., p. 35.
Le cinquième jour d'octobre mourut à Palerme, l'an 1612, le P. Gaspar Federici, très cher et très dévoué à la sainte Mère de Dieu. Un jour la bienheureuse Vierge s'était montrée à lui et lui avait fait entendre ces douces paroles : « Gaspar, consacre-toi tout à moi, et tu ne t'en repentiras pas » ! Fidèle à une si tendre invitation, le P. Federici devint dès ce moment un des plus généreux serviteurs de la Reine du ciel, et se sacrifia sans réserve pour la
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faire aimer de plus d'âmes. Il ne pouvait pour ainsi dire s'entretenir d'un autre sujet, et s'excusait lui-même auprès de ses frères d'avoir sans cesse sur les lèvres les louanges de Marie ; son cœur était plein de l'amour de Marie ; il le laissait comme malgré lui déborder au dehors.
Le P. Federici semble avoir eu connaissance de sa fin prochaine. Il enseignait la théologie au collège de Palerme. Le dernier jour de l'année scolaire avant les vacances, ses disciples, suivant un usage qui existait alors, avaient orné la classe et sa chaire de fleurs et de tentures de soie. En prenant possession de sa place, le P. Federici dit gracieusement, en modifiant un peu les paroles du Sauveur à propos de Marie-Madeleine : Ad sepeliendum me fecistis. Et en effet, quelques jours après, il tomba gravement malade. Sa piété pour Marie éclata alors plus que jamais. Malgré la violence de ses douleurs, il mourut dans une véritable extase d'amour, témoignant jusqu'à la fin par les plus douces paroles des Cantiques, son désir et sa joie de voir bientôt sa Mère dans le ciel, sans crainte d'en être jamais séparé. 11 était âgé de quarantesix ans, et en avait passé trente dans la Compagnie.
Aguileka, Histor. Provinc. Sicul., t. 2, p. 22.