VI OCTOBRE
Le sixième jour d'octobre de l'an 1641, mourut dans la maison professe de Palerme le P. Érasme Marotta, non moins excellent religieux qu'habile musicien. Rome avait longtemps admiré la grâce de ses compositions et la beauté sans rivale de sa voix ; mais tout le charme et le succès d'une vie d'artiste ne purent l'empêcher de s'arracher au monde, pour embrasser à trente-cinq ans le joug de l'obéissance, et consacrer ses talents au service de Dieu et des Ames dans la Compagnie. Aucun autre de nos Pères n'avait donné jusqu'alors autant d'éclat, qu'en donna tout à coup par ses chants le P. Marotta aux solennités religieuses de la maison professe de Palerme ; aucun prédicateur ne produisait sur les fidèles une plus vive et une plus salutaire impression. Car il cherchait bien moins à charmer les oreilles qu'à émouvoir et à changer les cœurs. On peut en juger par un seul fait : à la suite de son éloignement passager de Palerme, qu'il accepta en vrai religieux, la communion générale du mois suivant descendit subitement du chiffre de cinquante mille à celui de vingt-quatre mille, sans qu'il fût possible d'en imaginer un autre motif que le regret unanime de son départ ; et quand les habitants de Palerme eurent obtenu son retour, on comparait leurs démonstrations de joie et leur réception triom-
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phale, dit Aguilera, à celles qui accueillirent autrefois à Rome le prince Je l'éloquence romaine, revenant en triomphe de son exil.
Aguilera, Histor. Provinc. SicuL, t. 2,/?. 393. — Sotuellus, Biblioth., p. 196. — SoMMEiivoGEL, BibUot/i., t. 5, p. 593. — Mongitore, Biblioth. Sicula, t. i, p. 184.
Le sixième jour d'octobre de l'an 1819, au noviciat de Saint- André à Rome, mourut pieusement Charles-Emmanuel IV, roi de Sardaigne. Après avoir abdiqué en faveur de son frère Victor-Emmanuel, et avoir perdu sa femme, la vénérable Marie-Clotilde, morte à Naples, il se retira dans notre noviciat de Rome, le 11 février 1815, et demanda d'être reçu dans la Compagnie. Sur le conseil du Souverain Pontife Pie VII, il s'abstint, il est vrai, pour de justes et nombreux motifs, d'en porter extérieurement l'habit ; mais il ne laissait pas de se soumettre, autant qu'il pouvait, à toutes les observances de la vie commune ; il assistait aux exhortations domestiques et aux autres exercices spirituels avec les novices, et donnait à ces jeunes gens, par la parole non moins que par l'exemple, d'excellentes leçons sur le mépris des vanités et des grandeurs du monde. C'était un spectacle plein d'édification de voir son humilité en toute chose ; il se plaignait doucement quand on lui donnait quelque titre d'honneur, au lieu de l'appeler du simple nom de Frère. Une cécité presque complète éprouva ses dernières années ; il la supporta avec beaucoup de patience et de résignation. Un peu avant de mourir, il prononça dans la joie de son iune, les vœux simples des Scolastiques, et après sa mort, il fut, comme il l'avait désiré et demandé, exposé dans notre église