‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 197 sur 362 · XXII OCTOBRE · texte numérisé non relu

XXII OCTOBRE

Le vingt-deuxième jour d'octobre de l'an 1574, mourut parmi les novices de Novellara en Lombardie, le jeune F. Nicolas Gocci, né à Côme , et depuis six mois à peine reçu dans la Compagnie. Durant ce peu de temps, écrivait son Maître des novices au P. Everard Mercurian, sa vie avait été si sainte, que nul n'avait pu le trouver en faute sur une seule de nos règles, même de celles qui nous recommandent la plus entière abnégation et une mortification continuelle en toute chose : « Quand je voulais l'éprouver par quelque réprimande publique, ajoute le P. Antoine Valentino, il me fallait paraître désapprouver ce qui était en lui le plus digne de louange ». Aussi quand le F. Cocci vit approcher la mort : « Dieu soit béni ! dit-il à ses frères ; je ne vais que passer d'une des maisons de mon père dans l'autre ; vous ferez bien mieux, au lieu de verser des larmes, de vous réjouir et de rendre grâce avec moi ».

Sacchinus, Hislor. Societ., part. 4* , l. 2, ii. 26, p. 41. — Patrignani, MenoL, 22 ottob., p. 169.

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* Le vingt-deuxième jour d'octobre de l'an d697, mourut à Sezze le P. Jean Frilli, l'apôtre de cette ville durant les vingt dernières années de sa vie. II était né en Toscane de la famille de saint Antonin, archevêque de Florence, et était entré au noviciat de Rome à Vùge de vingt-cinq ans. On vit aussitôt qu'il voulait devenir un saint : l'union à Dieu, l'humilité, un souverain mépris de son corps et de toutes les aises de la vie, formèrent dès lors le caractère propre de sa vertu. II se croyait à la lettre le dernier de tous. Il dissimulait ses qualités et ses mérites avec la même attention jalouse que les Ames les plus avides de louanges en mettent à les produire. Toute marque d'honneur, tout égard, môme dans ses maladies, lui paraissait comme une dérision, tellement il se réputait digne uniquement de l'oubli et de l'abandon de tout le monde. Aussi se traitait-il avec une rigueur sans pitié. On a conservé le détail des pénitences qu'il avait demandé la permission de pratiquer au P. Charles de Noyelle, Général de la Compagnie. Elles révèlent un homme qui a juré une haine mortelle à toutes les inclinations de la nature, et veut faire de lui-même un holocauste entier à son Sauveur crucilîé.

Le P. Frilli n'avait qu'une passion, celle de l'amour de Dieu et des âmes. Il en avait allumé la llamme dans la prière, et c'est dans la prière qu'il ne cessait de l'attiser. Tous les jours, il se levait deux heures avant la communauté pour s'entretenir avec Dieu. Il avait peine à s'éloigner du tabernacle; dès qu'il trouvait un moment de loisir, il venait y reprendre ses doux colloques. Dans ce commerce intime et continuel, il fut comblé des faveurs les plus précieuses. Un jour, pendant qu'il faisait son action

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tle grâces après le saint sacrifice de la messe, comme il venait <le prononcer ces paroles, Cor rnundiini créa in me, Deus, et spiritum rectum iinwva in visccribus nieis, il entendit intérieurement une voix qui lui disait : « C'est moi qui veux être ton cœur », et aussitôt il lui sembla qu'il se faisait une transformation merveilleuse en lui-même; il fut inondé de telles consolations et rempli d'un tel amour de Dieu, qu'il se croyait au ciel.

Cet amour de Dieu n'était pas stérile pour les âmes. Missions dans les campagnes, prédication sur les places publiques, visite des malades, le P. Frilli remplissait toutes les œuvres du ministère apostolique et recueillait partout les plus g-rands fruits. 11 les devait à l'ardeur de son zèle, à la vertu de ses pénitences, à l'éclat de sa sainteté, mais surtout à son humilité. « llumiliez-vous le plus que vous pourrez, écrivait-il un jour à un de ses amis ; croyezmoi, il n'est rien qui touche plus vivement le cœur de Dieu. Je veux vous dire un secret, afin que vous vous encouragiez vousmême et vous animiez à la confiance envers ce très saint amour. Je suis très dur aux larmes, si dur que je n'ai pas même pleuré à la mort de mes parents, quoique je les aimasse tendrement. Eh bien, quand je suis en chaire, et que je ne puis émouvoir le peuple, parce que je suis froid et aride, je m'humilie devant Dieu le plus possible, et je lui dis : Ah ! divin Sauveur, j'ai fini ma prédication, et je n'ai fait aucun fruit. Prêchez vous-même à ce peuple. Oh ! bien infini, cœur de mon àme, touchez-le ; moi, je suis un pécheur, je ne puis rien. Et aussitôt les larmes montent à mes yeux ; elles durent un quart d'heure et quelquefois une demiheure entière; la foule pleure à son tour, et crie à haute voix: Pardon, miséricorde. Cela m'arrive dans chacune de mes missions,

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et ici à Sezze très souvent. Au bien infini soit toute gloire et toute louange » !

Le P. Frilli annonça d'avance sa bienheureuse mort, et malgré toutes les assurances contraires des médecins, il expira au temps et de la manière qu'il avait prédits. Tel fut le concours du peuple à ses funérailles, qu'il fallut placer des soldats autour de sa dépouille, pour la protéger contre la pieuse avidité de ceux qui voulaient des reliques de l'homme de Dieu et mettaient en pièces ses vêtements. Le P. Frilli était âgé de cinquante-six ans ; il en avait passé trente-et-un dans la Compagnie.

Tutu, Brevi Raguagli. . . , lîoma, 1727, p. 51-69. — Le P. Patrignani, MenoL, 22 oct., p. 172, n'a fait que reproduire le récit du P. Tutii.

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