XXIII OCTOBRE
Le vingt-troisième jour d'octobre de l'an 1664, mourut saintement à Palerme, où il remplissait la charge de Père spirituel des Scolastiques, le P. Jérôme Laguna, après avoir été tour à tour Recteur des collèges de Modica, de Malte, de Catane et de Trapani. Un trait conservé dans l'histoire de la Province de Sicile, montre tout à la fois sa fidélité aux exemples de notre Bienheureux Père et la grandeur de sa charité. Le collège de Trapani était ré-^ duit, par la misère des temps, à une si extrême détresse, qu'il na pouvait plus nourrir ses habitants. Le P. Laguna s'était même vu contraint de demander qu'on en diminuât le nombre, lorsqu'un de nos Frères Coadjuteurs presque hors de service, tomba très grièvement malade. Plusieurs médecins furent appelés : l'un deux proposa un remède qu'il tenait pour infaillible, mais dont le prix était excessif ; un autre, connaissant la pauvreté des Pères du collège, en proposa un second d'une égale efficacité, disait-il, et qui ne devait coûter presque rien. Jérôme Laguna, sans hésiter une minute,, se décida en faveur du premier. Quelques-uns de ses inférieurs,, présents à cette scène, s'en plaignirent, trouvant la dépense exagérée; le Père Procureur déclara ne pouvoir payer; le malade luimême, se jetant à ses pieds, le supplia de ne pas racheter à ce prix les jours d'un pauvre vieillard épuisé : «. Mon Frère, lui répondit le P. Laguna, ne savez-vous pas que, dans la Compagnie de
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Jésus, ce serait une honte de mettre de l'or en balance avec la charité fraternelle ; je ne souffrirai pas que jamais nul homme puisse attribuer à l'avarice la perte d'un bon et dévoué serviteur ». Se vtournant alors vers ceux qui l'environnaient: « Il est étrange, reprit-il, que plusieurs m'objectent si hautement notre pauvreté, qui sans doute, s'il s'agissait d'eux-mêmes, ne trouveraient nulle dépense trop forte. D'ailleurs j'ai Dieu pour garant de ce que je donnerai à la charité, et s'il me faut des exemples, je n'en manque pas. J'ai vu en pareille circonstance, lorsque je demeurais à Sienne, le Recteur du collège de cette ville aussi pauvre que moi, engager sans crainte un vase sacré pour une somme de cent écus, plutôt que de rien épargner durant la maladie d'un de nos Frères ; et Dieu le lui a rendu libéralement » !
Ces paroles dites , le P. Laguna se rendit à l'église, et après avoir prié quelques moments devant une statue de la sainte Vierge, et lui avoir demandé avec une filiale confiance la permission de la dépouiller, il en détacha un riche collier d'or, le vendit et en consacra le prix à la guérison du malade. Cette héroïque libéralité, bientôt divulguée par ceux mêmes qui en murmuraient le plus, lui attira soudain tant d'aumônes, que le collège fut en peu de temps libéré de ses dettes ; et les premières dames de Trapani offrirent à la statue de Notre-Dame un si grand nombre de colliers, de bracelets et d'ornements de toute espèce, qu'on put lui en former une magnifique parure, témoignage authentique et justification glorieuse de la générosité du P. Laguna.
Aguilera, Histor. Provinc. SicuL, t. 2, p. 826.