‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 22 sur 362 · XIII JUILLET · texte numérisé non relu

XIII JUILLET

Le treizième jour de juillet, mourut à Syracuse, sa patrie, l'an 160S, le P. Sébastien Cabarrasio, qui partage avec le P. Jean Léon, l'honneur d'avoir créé les premières congrégations de la très sainte Vierge. Sébastien Cabarrasio était alors un de ces jeunes professeurs de Messine, dont la belle histoire du P. Alberti nous a conservé le portrait. L'amour de Dieu les consumait, et ils multipliaient les industries pour faire servir les jours de repos eux-mêmes à leur sanctification ; car ils demandaient alors avec de très vives instances à chercher l'exercice dont ils avaient besoin, soit dans les travaux les plus humbles, soit dans de pieux pèlerinages qu'ils consacraient à faire le catéchisme aux habitants des campagnes.

Ce fut d'abord par quelques traits de la vie des saints les plus dévoués à la Reine du ciel, et quelques exemples de sa toute puissante protection, racontés chaque samedi à ses petits écoliers, que le P. Cabarrasio leur inspira le désir de la prendre pareillement pour protectrice de leur innocence. Puis il garda les plus fervents au sortir de la classe, et leur apprit à prier et à méditer, selon les méthodes de saint Ignace, qu'il accommodait admirablement à la faiblesse de leur âge. Bientôt cet exemple fut suivi par tous ses A. I. — T. II. — 7. 49

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collègues avec des résultats surprenants ; et dans l'espace d'un mois, nous dit encore Alberti, ces congrégations naissantes donnèrent quarante-huit novices aux différents Ordres religieux.

Appliqué dans la suite aux travaux de la vie apostolique, le P. Cabarrasio parcourait les montagnes de la Sicile, annonçant avec de grands fruits la parole de Dieu. Un jour, il tomba entre les mains d'une troupe de malfaiteurs qui désolaient depuis longtemps le pays, et se faisaient un cruel plaisir de lier leurs victimes à quelque tronc d'arbre, et de les y laisser mourir de faim. Pris et battu par ces brigands avec son compagnon, il fut destiné au même supplice. Mais son inaltérable sérénité les frappa si vivement, qu'ils le délièrent et lui offrirent de partager leur repas. Le Père se mit alors subitement à fondre en larmes ; et comme on lui en demandait la cause : « Je me réjouissais tout à l'heure, répondit-il, en pensant au bonheur de souffrir pour Jésus-Christ ; mais maintenant que vous me traitez en ami, je ne puis sans douleur considérer le déplorable état de vos âmes, et les flammes éternelles oij vous tomberez en vivant ainsi » ! Puis leur promettant d'obtenir de la justice humaine, comme il en vint à bout en effet, l'oubli et la rémission de leurs brigandages et de leurs meurtres, il les excita si efficacement à se convertir, que tous voulurent sans tarder se confesser à lui, et plusieurs se retirèrent, dès les jours suivants, dans les cloîtres les plus austères de la Sicile, où ils vécurent et moururent en pénitents.

JuvENCius, Histor. Societ. Jes., part. 5*, /. 24, n. 65, p. 836. — Litterae ann. Soviet., ann. 1605, p. 11). — Patrignani, Menol., 13 luglio, p. 94. — Nadasi, Ann. dier. memorab., 13» jul., p. 23. — Drews, Fasti

XIII JUILLET. — P. JEAN-BAPTISTE DE FRANCISCI. bl

Soc. Jes., 13* j'ul., p. 267. — Alberti, Istor. délia Provinc. di Sicil., p. 229 et suw. — Aguileha, Histor. Provinc. SicuL, t. 1, p. 480 seqq. — Riio, Varùc virtut. Histor., p. 158. — Beiunger, Les Indulgences, leur nature, leur usage, traduct. franc., t. 2, p. 212, 213, note.

Le treizième jour de juillet de l'an 17;i7, mourut au collège de Modica le P. Jean-Baptiste de Francisci, que l'on peut appeler l'apôtre et le thaumaturge de la Sicile au XVIII® siècle, et dont la vie ne le cède en rien à celle de ses deux glorieux prédécesseurs Bernard Coinago et Louis La Nuza. Il était né avec une Ame et un tempérament de feu. Rien, à la vérité, n'égalait l'ardeur de son amour précoce pour Dieu ; mais l'explosion des premiers mouvements de sa nature impétueuse faisait trembler, môme après son entrée dans la Compagnie, ceux cjui ne connaissaient pas l'héroïsme de sa vertu. Dans une de ces luttes intérieures qu'il avait à soutenir contre lui-même, il résista si violemment qu'une veine se brisa dans sa poitrine ; et cependant, à peine remis, on le vit encore, comme irrésistiblement entraîné, se livrer à une discussion dont tout le voisinage fut troublé. Cette incandescence d'esprit et de cœur, ainsi que l'appellent ses biographes, devait lui servir longtemps de martyre. Comme il se plaignait un jour de n'avoir pas été secouru assez sensiblement par saint Stanislas, un de ses plus chers protecteurs : « Mon fds, lui répondit saint Ignace, ne t'anime pas si vivement contre ton bienheureux frère, car il aime les âmes de feu, bien plus que les âmes calmes et froides, pourvu qu'elles s'embrasent tout entières des llammes de l'amour divin » ! Un seul religieux, entre tous les Pères de Palerme, reconnaissait dans ces alternatives et ces luttes du F. Jean-Baptiste, la

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mystérieuse formation d'un cœur d'apôtre, dont l'ardeur devait bientôt enflammer la Sicile. Mais auparavant la très sainte Vierge voulut le guérir elle-même, au jour de sa Purification, pour qu'il ne restât rien en lui qui pût diminuer le fruit de ses travaux pour la gloire de Dieu.

La vie apostolique et les industries de ce grand homme seraient le plus précieux manuel de tous ceux qui se dévouent au salut des âmes. A la seule vue de ses catéchismes, qu'il regardait comme l'œuvre la plus importante du missionnaire, et à laquelle, pendant plus de vingt-cinq ans, il consacra deux heures au moins chaque jour, un pieux évêque de Sicile allait jusqu'à dire : « Je comprends comment avec douze hommes grossiers Jésus a pu conquérir le monde, quand je vois mon diocèse renouvelé par douze petits enfants des catéchismes de ce saint Père » î Le P. de Francisci enseignait à ces enfants l'exercice des trois manières de prier, ainsi que le fréquent usage des actes de contrition parfaite ; il faut voir en détail dans son histoire les beaux résultats de ces pratiques. Ni prières, ni austérités, ni sacrifices ne semblaient difficiles à l'homme de Dieu, dès qu'il s'agissait d'arracher une âme à l'enfer. Apprenant un jour qu'un pauvre pécheur allait périr dans quelques moments, à l'autre extrémité de la Sicile, il demanda sans hésiter h Notre-Seigneur d'y être transporté instantanément, et après avoir absous ce malheureux, il reçut son dernier soupir. Une autre fois qu'il pleurait amèrement de ne pouvoir sauver tous les pécheurs: « Console-toi, Jean-Baptiste, lui dit le Sauveur; car je te donnerai plus d'âmes qu'il ne s'en est converti à ma voix durant les trois ans qui ont précédé ma passion » !

Toutes ces victoires et ces merveilles ne rendaient que plus sen-

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