‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 21 sur 362 · XII JUILLET · texte numérisé non relu

XII JUILLET

* Dans le courant de juillet de l'année 1837, cinq des Nôtres du collège et de la maison professe de Palerme donnèrent généreusement leur vie, dans l'horrible contagion qui s'abattit alors sur cette ville et moissonnait parfois mille personnes en un jour. Tous les degrés de la Compagnie eurent leur part dans ce glorieux holocauste. Car on comptait parmi les victimes deux prêtres déjà formés, les PP. Jean Colonna et Sébastien Zafferana ; un scolastique étudiant en théologie, le ¥. Louis Ricci ; un novice scolastique, le F. Antoine Farina; et un Frère Goadjuteur, le F, Gaétan SiRACusA. Nous ne croyons pouvoir mieux faire que de citer la lettre écrite pendant ces jours de désolation, par le P. Antoine Vinci, Provincial de Sicile, au P. Roothaan, Général de la Compagnie.

« A peine remis de l'indisposition de ces derniers jours, je vole par la pensée aux pieds de Votre Paternité, afin de lui donner au moins quelque légère idée des maux de cette infortunée cité. Il n'est que trop vrai, le choléra dont nous étions menacés a éclaté. La violence avec laquelle il s'est déchaîné dès sa première apparition et n'a cessé de sévir depuis, a été horrible, épouvantable. Tous les points de la ville et de la campagne ont subi son atteinte. Aucune classe n'a été épargnée, et vaines ont été les pré-

XII JUILLET. PP. COLONNA, ZAKKLRANA . . : hl

cautions de lu noblesse. La nuit ne sutîisait pas à recueillir les cadavres ; on les jetait deux ou trois à la lois des maisons, sur les chariots funèbres (|ui passaient dans les rues. Autant de frappés, autant de morts. Le nombre des victimes, la semaine dernière, était déjà de vingt-deux mille. Figurez-vous, mon très lîévél'end Père, le deuil et la terreur de tous.

tt Les Nôtres, grâce à la miséricorde infinie du Seigneur, n'ont pas inan(|ué aux devoirs de leur sainte vocation. A peine le mal se fut déclaré, les Pères du collège et de la maison professe se jetèrent à corps perdu, au milieu des cholériques. Oh ! quel délicieux spectacle n'ont-ils pas donné au ciel et à notre Bienheureux Père, et ne donnent-ils pas encore par leur zèle et par leur vertu ! En vérité, ils ne se sont pas montrés les descendants dégénérés de l'ancienne Compagnie. S'il plaît à Dieu, j'enverrai à Votre Paternité le récit des immenses fatigues soutenues par les Nôtres ; je dis par les Nôtres, car il ne faut point en excepter les étudiants qui nuit et jour volaient partout pour accompagner les Pères. Pendant que j'écris ces lignes, les larmes jaillissent de mes yeux: je les ai vus, ces braves jeunes gens, se présenter au Père Ministre ; je les ai entendus s'écrier à l'envi : « Mitte me., Mitte me ; envoyez-moi, envoyez-moi ». Et sur leur visage on lisait la sainte joie d'avoir été choisis pour prêter leur concours et assister les cholériques.

« Aussi le peuple va répétant : « Nous avons trouvé les Jésuites au milieu de notre tribulation si anière », et il ne cesse d'exalter la Compagnie. Aux secours spirituels nous avons joint les secours corporels en aliments, argent, l'emèdes; Les Frères chargés de la pharmacie se sont acquittés à merveille de leur office ». Le Père Provincial cite ensuite les noms des cinq victimes du fléau, et

rend un juste hommage au clergé de la ville et aux religieux des autres Ordres, dont plusieurs ont aussi trouvé la mort dans l'exercice de la charité. « Le mal commence à diminuer, dit-il en terminant ; que Votre Paternité ne cesse de nous recommander au Seigneur, afin qu'en nous tous s'accomplisse sa très sainte volonté.

« Palerme, 23 juillet 1837 ».

Lettera del V. Antonio Vinci, Provinciale di Sicilia al M. H. V. Nos- Iro Générale ( Copie, Archiv. Provinv. Taurin ). — C.vntu, Histoire des Italiens, t. M, p. 372. Traducf. de Lvcombe, Paris, Didot, 1861.

Le P. Colonua mourut le oO juin ; le P. Zafîerana, le 10 juillet ; le ¥. Ricci, le 9 ; le F. I^iiiua, le 15 ; cl le F. Siracusa, le 17 du même mois.

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