‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 240 sur 362 · XVII NOVEMBRE. F. PIERRE-ANGE BONCRISTIANO · texte numérisé non relu

XVII NOVEMBRE. F. PIERRE-ANGE BONCRISTIANO

* Le dix-septième jour de novembre de l'an 1638, mourut à Saint- André du Quirinal, à Rome, le Frère Scolastique Pierre-Ange BoNCRiSTiANO, l'enfant privilégié de Marie, à qui sa pieuse mère l'avait consacré dès avant sa naissance, dans la sainte chapelle de Lorette. Il ne connaissait pas encore les saints patrons de la jeunesse, Louis de Gonzague, Stanislas Kostka, Jean Berchmans ; et déjà conduit par le même esprit, il pratiquait leurs vertus. Quand il eut occasion de lire leur vie pour la première fois au séminaire de Sinigaglia, sa ville natale, il fut saisi d'une sorte de ravissement ; celle de Louis de Gonzague surtout faisait ses délices ; il la portait sur son cœur comme son plus cher trésor ; les jours de communion, il en parcourait quelques pages en manière de préparation et d'actions de grâces. Bientôt il se sentit animé d'un ardent désir de partager le même genre de vie, et déclara qu'il était prêt, si on voulait s'opposer à sa vocation, à faire le voyage de Roine à pied et en mendiant comme Stanislas.

Sa ferveur ne fit que grandir au noviciat. Il semblait pressentir que sa carrière serait courte. On le voyait souvent, comme autrefois notre Bienheureux Père, les yeux levés au ciel, le visage enflammé, la poitrine haletante, semblable à l'exilé qui soupire après sa patrie. Ses patrons particuliers étaient ceux de la bonne mort, saint Joseph, le bon larron, sainte Barbe. En attendant, il ne négligeait rien pour amasser en peu de jours les mérites d'une longue vie. Il avait pris pour règle cette devise donnée aux novices par le P, Oliva : dans la tête, les pensées de l'éternité ; sur les lèvres, de saints discours ; sur les épaules, la croix ; dans les

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mains, la règle ; dans le cœur, les noms de Jésus et de Marie ; sous les pieds, le monde.

Avant la fin de son noviciat, il fut pris de violents crachements de sang. Sa couche, sur laquelle il demeura étendu sept mois entiers, devint pour lui, dit son biographe, le théâtre des plus belles vertus, et pour nous comme une chaire d'où descendaient d'admirables leçons. Une seule chose lui causait quelque peine : il n'avait pas fait ses vœux ; mais la sainte Vierge, à laquelle, avec une confiance filiale, il avait adressé une supplique, lui obtint cette grâce. Dès lors, sa joie fut sans mélange. Il supportait ses douleurs non seulement avec patience, mais avec une allégresse incroyable, et n'aurait pas échangé, disait-il, la moindre d'entre elles contre tous les trésors du monde. 11 aspirait de toute l'ardeur de ses désirs à contempler Jésus et sa sainte Mère ; « car, disait-il encore, Jésus et Maria vulneraveriint animant meam ; Jésus et Marie ont blessé mon âme ». On ne se lassait pas de le voir et de l'entendre. Le médecin de la maison multipliait ses visites, uniquement pour avoir l'occasion de s'édifier : « Mes Pères, disait-il, faites grand cas de ce jeune homme ; car de tous ceux que j'ai vus mourir, et j'en ai vu mourir beaucoup, aucun n'est mort de la sorte ». Enfin après avoir récité d'un accent de triomphe le Te Deuni et le Nunc Diraittis, et multiplié les actes les plus parfaits d'amour de Dieu ; après avoir mille et mille fois collé ses lèvres sur les plaies de son Sauveur crucifié et sur l'image de Marie sa bonne Mère, Ange Boncristiano expira doucement, laissant dans tous les témoins de sa mort le plus suave sentiment de joie et d'espérance. Il était dans la vingt-et-unième année de son âge et la troisième depuis son entrée dans la Compagnie,

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