XXI NOVEMBRE. — P. NICOLAS ORSO
mais lui annonça en même temps qu'il ne verrait pas sa cinquantième année. Le P. Orso résolut de consacrer avec une activité nouvelle au service de Dieu et de la Compagnie, les jours qui lui étaient donnés. Maître des novices, Recteur des collèges de Monreale et de Malte, il joignit à de rares qualités de gouvernement d'insignes vertus religieuses, l'humilité, l'oubli de lui-même, et surtout une incomparable charité. Tendrement attaché à la Compagnie, il aimait qu'on lui envoyât ceux qui paraissaient chanceler dans leur vocation ; il avait une grâce particulière pour dissiper leur tristesse ou leurs sujets de plainte, et les affermir dans la résolution de demeurer fidèles à Dieu jusqu'à la mort. Jamais, ainsi qu'on l'a remarqué à sa louange, il ne demanda l'éloignement d'aucun d'un de ses inférieurs, que celui-ci fût malade, d'un caractère difficile ou peu régulier. Son union à Dieu était intime et continuelle ; en toutes les créatures, il voyait et adorait le créateur. Souvent dans ses voyages, raconte son compagnon, il paraissait ravi en extase; comme saint François d'Assise, il s'adressait aux êtres inanimés ; il appliquait ses lèvres, dans une sorte d'enivrement d'amour, sur le tronc des arbres, sur les plus humbles plantes, les pierres du chemin elles-mêmes : a Dieu est là », s'écriait-il avec transport.
Le P. Orso était dans sa quarante-neuvième année ; il se rendait de Malte à Palerme, où il venait d'être nommé Recteur, lorsqu'une fièvre violente l'obligea de s'arrêter à Syracuse. La prédiction que saint François Xavier lui avait faite dix ans auparavant lui revint alors en mémoire ; il ne pensa plus qu'à se préparer à la mort. La veille du jour où il expira, il parut revenir à la vie ; les médecins l'encourageaient à espérer, et ses frères autour de lui se ré-
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jouissaient et le félicitaient. Il annonça résolument que le lendemain, fête de la Présentation de la sainte Vierge, serait son dernier jour. Et en effet le P. Orso remit ce jour-là même son âme très pure à Notre-Seigneur. Il était depuis trente-deux ans dans la Compagnie.
Aguilera, Histor. Provinc. SicuL, t. 2, p. 419 seqq.
Le vingt-et-unième jour de novembre de l'an 1712, mourut au collège de Sienne, qu'il visitait alors en qualité de Provincial, le P. Fabio Mansi, d'une riche et ancienne famille de Lucques, dont il céda joyeusement les honneurs à son plus jeune frère, pour entrer dans la Compagnie. Le principal fondement de sa sainteté fut, dès les premiers jours de son noviciat, le renoncement le plus absolu à lui-même, appuyé sur la résolution de ne jamais s'excuser ni se faire prier en tout ce qui lui serait proposé de désagréable à la nature ; de telle sorte que son premier mouvement fût, avant toute réflexion, de se porter à la fatigue et au sacrifice, au lieu de chercher à s'en éloigner. 11 y joignit plus tard et jusqu'à son dernier jour, un sérieux examen, chaque semaine, sur sa fidélité à observer parfaitement les règles de saint Ignace qui touchent à la pratique des trois vœux ; il devint par là un admirable modèle de pauvreté, d'obéissance et de pureté. Le P. Mansi fut tour à tour Recteur des collèges de Sienne et de Rome, Maître des novices de Saint-André et Provincial. Il avait composé à son usage une touchante prière, pour demander cha-
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que jour à Dieu les qualités et les vertus d'un vrai supérieur de la Compagnie ; cette prière fut même imprimée, longtemps avant sa mort, en faveur de ceux qui remplissaient des charges semblables ; plusieurs ne tardèrent pas à en ressentir une très salutaire influence, et rivalisèrent avec lui d'amour et de dévouement pour tous les membres de leurs communautés. Le P. Mansi mourut à l'âge de soixante-six ans ; il en avait passé quarante-six dans la Compagnie.
Patrignani, Menol., 21 «oc, p. 159. — Mazzolari, Commentarii et Ellogia, p. 146. — SoMMERvoGEL, Biblioth., t. 5, p. 506.