XXIV NOVEMBRE. — P. LAURENT RICCI
Ricci, ni les innombrables lettres écrites en faveur de la Compagnie, par le Souverain Pontife et par les évêques, dussent avoir d'autre résultat que d'honorer les derniers moments des vingtdeux mille enfants de saint Ignace.
Enfin le Vicaire même de Jésus-Christ, cédant h une contrainte sans exemple, avait consommé l'œuvre de destruction si savamment ourdie par les plus grands ennemis de l'Eglise ; traité comme un criminel, Laurent Ricci ne devait voir finir ses angoisses qu'avec sa vie. Le malheur des temps et le secret alors nécessaire à la plupart de ses démarches, semblent même avoir empêché plusieurs historiens, d'ailleurs bienveillants, de rendre une pleine justice à son courage et à sa grandeur d'âme. « On a peu compris, dit Louis Veuillot, la majesté de cette attitude », qui ne faisait pas un bruyant et violent appel au monde pour se défendre contre les puissances humaines. « Je ne sais pas, ajoute le même écrivain, parlant du P. Ricci, ce que l'on pourrait désirer de plus à sa taille. C'est être assez grand d'être persécuté sans raison, captif sans jugement, de subir tout sans se plaindre, et de n'ouvrir la bouche qu'en présence de la mort, pour laisser une protestation d'innocence et une parole de pardon. Les grands orateurs, les grands écrivains, qui auraient rempli le monde entier de leurs gémissements et de leurs anathèmes, eussent été beaucoup moins grands et beaucoup moins éloquents ».
Carayon, Bibliographie histor., n. 136, 237-243, 2491-92, 3765-70, etc. — Id., Le P. Ricci Général des Jésuites à l'époque de leur suppression.
542 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.
Paris, 1879. — Crétinea.u-Joly, Histoire de la Compagnie de Jésus, t. 5, ch. 5, p. 262, 282, 320 et suii>. — Id., Clément XIV et les Jésuites, — Louis Veuillot, Mélanges, Paris, 1861, t. 6, p. 156. — Menologio Romano, p. 152. — de Backer, Biblioth., 1*"'® édit., t. 5, p. 619. — Ga- B.\LLERo, Biblioth. Supplem. 21"" , p. 88. — Feller, Dictionn. histor. , t. 5, p. 263.
Vers l'an 1558, mourut à Coulam, dans le royaume de Travancor, le P. Nicolas Lancilotti, d'Urbino, reçu dans la Compagnie et formé à la perfection par notre Bienheureux Père. II fut jugé digne d'accompagner aux Indes le P. Antoine Criininale, le premier des enfants de saint Ignace qui eut l'honneur de verser son sang pour la foi. Les deux missionnaires firent à pied et en mendiant la longue route de Rome à Lisbonne, et refusèrent constamment, par amour des souffrances et de la pauvreté, toutes les aumônes qui leur furent offertes. De Goa, le P. Lancilotti fut envoyé à Coulam et chargé du séminaire de cette ville, fondé par saint François Xavier, et soutenu par les libéralités du roi de Portugal. En même temps, il devait prêcher aux Portugais, travailler à la conversion des infidèles et soutenir les néophytes dans la foi. Tant de fatigues brisèrent rapidement ses forces ; il fut pris de vomissements de sang. Pendant les douze années qu'il vécut encore, il ne fit plus que languir. « Je meurs tous les jours, écrivait-il à saint Ignace, et ne finis jamais de mourir. Depuis que je suis dans cette agonie, combien d'ouvriers ont disparu qui faisaient de grandes choses pour le service de Dieu ; et moi, arbre stérile et sec, j'embarrasse vainement le sol, et ne fais rien » . Les compagnons de l'humble religieux n'en jugeaient pas ainsi. Entre deux