XXVIII NOVEMBRE
Le vingt-huitième jour de novembre de l'an 1646, mourut au collège de Palerme le P. Mariano Opizzinghi, d'une vieille et noble famille de la république de Pise, établie en Sicile. Presque au terme d'une vie agitée, mais toujours pure et vraiment chrétienne, Mariano Opizzinghi reçut le sacerdoce à l'âge de cinquante-huit ans, et aussitôt après il se soumit au joug de l'obéissance parmi les novices de Palerme. Il vécut cinq années à peine parmi nous ; mais le noble et saint emploi des biens dont il se dépouilla pour l'amour de Dieu, les œuvres de zèle qu'il entreprit et dont il assura l'avenir, enfin son inviolable fidélité à toutes les observances religieuses, lui ont mérité dans un haut degré l'amour et la reconnaissance de la Compagnie.
Les deux ministères qui le charmaient de préférence par leurs fruits et par leur humilité elle-même, étaient le soin des prisons publiques et la congrégation des pauvres mendiants ; il les fonda l'un et l'autre à perpétuité, et laissa une somme considérable, pour entretenir deux de nos Pères qui passeraient une partie de la semaine dans les cachots de la Vicaria, et pour distribuer tous les huit jours une légère aumône à chacun de ses pauvres con-
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gréganistes au sortir de leurs réunions. Cette dernière œuvre en particulier, après un siècle d'existence, était, au dire d'un témoin oculaire, plus utile et plus florissante que jamais, et on y bénissait encore le nom du P. Opizzinghi, son fondateur.
Aguilera, Histor. Provinc. Sicul., t. % p. 175.
* Le vingt-huitième jour de novembre de l'an 1729, mourut à Bénévent le P. Gaétan Giuvo, d'une noble famille de Naples, rapidement consumé par l'ardeur de son zèle et l'excès de ses fatigues. Les brillantes qualités de son esprit et ses succès dans les études, semblaient le destiner à l'enseignement des hautes sciences; et en effet il occupa quelque temps les chaires de philosophie et de théologie. Mais tous ses désirs l'entraînaient vers les missions ; après avoir vainement sollicité celles des Indes, il eut au moins la consolation de se consacrer sans réserve au salut du peuple des campagnes dans son pays. On a peine à comprendre, dit l'auteur de son éloge, comment un homme d'une santé délicate, a pu supporter onze années de suite ce rude travail. Il faisait tous ses voyages à pied ; il allait d'une mission à l'autre sans prendre de repos, prêchait plusieurs heures chaque jour, couchait sur la dure et se flagellait sans miséricorde . Aussi les conversions étaient nombreuses ; les peuples, attirés par l'éclat de sa sainteté, accouraient de très loin pour l'entendre. Avec une charité qui rappelle celle du bon Pasteur, le missionnaire leur faisait distribuer, pendant les chaleurs de l'été, un peu de pain et de vin. Or un jour, la foule était si grande que la provision de vin ne put suffire ;
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et plusieurs milliers de personnes étaient là mourant de soif et criant miséricorde. Alors le serviteur de Dieu, se souvenant de ce que le Sauveur avait fait autrefois au désert, et confiant dans la toute-puissante intercession de saint François Xavier, son protecteur spécial : « Donnez à boire à ceux qui n'ont rien reçu, dit-il, et comptez sur François Xavier ». Or d'après l'attestation de l'archiprêtre du lieu, témoin oculaire, tous furent désaltérés , et il resta encore du vin dans les outres.
Au milieu de ces triomphes de son zèle et de sa foi, le P. Giuvo conservait une admirable humilité de cœur. Honoré de l'intime confiance de l'archevêque de Bénévent, Mgr Orsini, qui fut plus tard le pape Benoît Xlll ; hautement apprécié par le Père Général de la Compagnie Michel-Ange Tamburini, qui ne connaissait, disait-il, aucun missionnaire plus capable de travailler à la gloire de Dieu et au salut des âmes, il n'aspirait qu'à vivre ignoré des hommes, et à leur dérober le secret non seulement de ses vertus, mais de ses qualités naturelles elles-mêmes. Il paraît avoir reçu de Dieu l'avertissement de sa mort prochaine ; quand on lui apporta le saint Viatique, il voulut recevoir à genoux Notre-Seigneur par respect et par humilité. La ville entière de Bénévent pleura sa perte et lui fit des funérailles solennelles. Plusieurs prodiges authentiquement constatés glorifièrent sa mémoire. Le P. Giuvo était âgé de quarante-sept ans et en avait passé trente-et-un dans la Compagnie.
Dalle annue Lettere delta Provincia di Napoli {Archiv. Rom. j.