XXIX NOVEMBRE. — P. LOUIS FELICI
fruits de ce premier apostolat, que les Nôtres et les étrangers en étaient dans l'admiration ; la réunion fut érigée en congrégation, et en l'approuvant, le Souverain Pontife Clément XIII ne put retenir cette exclamation : « Dans cette Compagnie, les novices même sont apôtres » !
Louis Felici parcourut ensuite la carrière ordinaire des études et de la régence. Le 15 août 1773, il fît sa profession solennelle des quatre vœux, la veille même du jour où le bref Dominus ac Redemptor allait paraître. Il versa des larmes inconsolables, dit l'auteur de son éloge, sur le malheur de la Compagnie, sur le sien propre et sur celui des âmes que cette suppression allait priver de tant de secours spirituels. Il reçut une généreuse hospitalité dans la noble et pieuse famille de' Mattei. C'est là qu'il conçut le projet de son œuvre principale, la Pieuse Union des prêtres séculiers de Saint-Paul.
Sa charité le conduisait souvent à l'hôpital de la Consolation. Il y réunit un certain nombre d'ecclésiastiques, leur communiqua ses idées et les groupa en association sous le patronage du grand apôtre des Gentils. Son but était de développer en eux l'esprit de zèle, de les animer à se mettre à la tête de toutes les œuvres de miséricorde spirituelle et corporelle, pour convertir et sanctifier les âmes. L'association grandit rapidement ; malgré de violentes oppositions qui la menacèrent plus d'une fois d'une ruine complète, le P. Felici eut la consolation de l'établir sur des bases solides et de la voir solennellement approuvée et enrichie de nombreuses indulgences par les Souverains Pontifes Pie VI et Pie VII. Elle se partageait en plusieurs branches selon les attributions diverses de ses membres. Les uns allaient aux hôpitaux, aux pri- A. I. — T. II. — 71.
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sons, aux casernes, aux écoles, aux dépôts de mendicité ; d'autres instruisaient les pauvres mariniers du Tibre à Sainte-Marie in Capella, ou faisaient le catéchisme aux enfants à Sainte-Marie délia Pace ; d'autres enfin donnaient des stations de carême, ou présidaient les cas de conscience à l'Apollinaire et voyaient affluer à ces réunions des prélats et les plus illustres cardinaux.
Le P. Felici était animé d'une tendre dévotion au Sacré Cœur de Jésus ; il communiqua la même flamme aux membres de la Pieuse Union ; avec leur concours, il établit une confrérie du Sacré Cœur dans la petite église où se réunissaient les mariniers. Les progrès de l'œuvre furent rapides. Le Souverain Pontife Pie VII l'érigea en archiconfrérie avec le titre de Primaria et lui conféra le pouvoir de s'affilier hors de Rome toutes les confréries du même titre et de leur communiquer ses indulgences. Malgré les persécutions qui désolaient alors l'Eglise, elle ne cessa de s'étendre, et l'année même de la mort du P. Felici, elle comptait quinze cents associations dans le monde entier ; elle en compte aujourd'hui plus de dix mille. Le P. Felici n'avait plus qu'un désir : reprendre avant de mourir les livrées de saint Ignace. Plus d'une fois, il avait tourné ses regards avec amour du côté de la Russie, et plus tard du côté de Parme et de Naples : les devoirs qu'il avait à remplir à Rome l'avaient toujours empêché d'aller rejoindre ses frères. Mais quand le Pape Pie Vil eut publié la bulle Sollicitudo omniimi ecclesiarum, rien ne put l'arrêter, et malgré le poids de ses soixante-dix-huit ans et une cécité presque complète, il se hâta d'accourir. II vécut encore quatre années, donnant à tous l'exemple de la plus parfaite régularité. Au moment de sa mort, il goûta d'une manière sensible la paix que le divin