‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 284 sur 362 · IX DÉCEMBRE. — P. PAUL SEGNERI · texte numérisé non relu

IX DÉCEMBRE. — P. PAUL SEGNERI

reins, une longue chaîne armée de pointes. A plusieurs reprises, comme saint François d'Assise et saint Benoît, il se roula dans la neige et sur les épines. Au plus fort de l'hiver, il était toujours jambes nues ; il parvenait à dissimuler cette pénitence, grâce à la longueur de sa soutane et à de grossières bottines qui lui montaient un peu au-dessus de la cheville ; mais dans ses missions il ne voyageait que pieds nus. Non content alors de ses disciplines publiques et secrètes, il se frappait la poitrine avec de larges écorces de liège armées de pointes aiguës, et se mettait tout en sang pour vaincre l'endurcissement des pécheurs. Toujours en quête de nouvelles souffrances, il se liait les bras par de petites cordes et se suspendait ainsi en l'air ; supplice presque intolérable qu'il prolongeait d'ordinaire pendant les sept psaumes de la pénitence ; d'autres fois, il répandait ou faisait répandre de la cire brûlante, sur son dos et sur sa poitrine sillonnés de plaies.

Il faudrait maintenant raconter les vingt-sept années de missions

du P. Segneri, à travers les Etats de l'Eglise et la Toscane, avec son cher compagnon le P. Pierre Pinamonti; mais ici encore le témoignage d'un historien qui lui est du reste assez peu favorable, nous suffira. « Depuis Savonarola, lisons-nous dans la Biographie universelle, l'Italie n'avait pas vu un homme qui eût exercé une plus grande influence sur la multitude. Partout où il se montrait, le peuple accourait en foule pour l'amener en triomphe jusqu'à sa cellule. . . Il rentrait rarement chez lui sans avoir eu quelque pan de son habit coupé. Les chambres qu'il habitait étaient emportées d'assaut après son départ, et les meubles dont il s'était servi tombaient en éclat pour contenter le pieux empressement de ceux qui venaient en recueillir les débris ».

604 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE d'iTALIE.

Le p. Segneri mourut à l'âge de soixante-dix ans ; il en avait passé cinquante-six dans la Compagnie.

Massei, Vùa ciel Vener. Servo di Dio il P. Paolo Segneri, Cf. Cara- YON, Bibliogr. historiq., n. 2575-2581. — Patrignani, Menol., 9 dicemb., p. 79. — Mazzolari, Commentarii et Ellogia^ p. H-28. — de Backer, Bihlioth., l^re édit., t. 3, p. 688 et suiv. — Biogr. univers., t. 41, p. 449. — Nouvelle Biographie générale, t. 43, p. 685. — Feller, Dictionn. histor., t. 5, p. 462.

Le neuvième jour de décembre de l'an 1620, mourut à Florence le P. Jules Orsino, non moins distingué par ses rares vertus que par l'éclat de sa naissance. Il renonça aux espérances flatteuses que lui ofi'rait la cour de Rome, pour embrasser la vie religieuse à l'âge de vingt-deux ans. On remarqua toujours en lui une modestie vraiment angélique ; il était si détaché de toutes les choses du monde, que la nature en lui paraissait non seulement mortifiée, mais entièrement morte. Nommé Recteur du collège de Florence, qui était fort pauvre, il en prit généreusement la direction ; car il comptait, disait-il, sur l'assistance et la protection d'une dame fort riche. Cette dame était la très sainte Mère de Dieu, que le nouveau Recteur, avec cette filiale confiance propre aux saints, constitua reine, mère et nourrice de la maison. Dès lors, quand il lui survenait quelque affaire difficile, il ne manquait jamais d'avoir recours à sa céleste patronne, et ses prières furent toujours exaucées.

Page 1