IX DECEMBRE
Le neuvième jour de décembre de l'an 1694, mourut à Rome, dans la maison de Saint-André, le P. Paul Segneri, également célèbre par l'héroïsme de ses vertus, les merveilles de son apostolat, et les chefs-d'œuvre de son éloquence, qui l'ont fait surnommer le prince des orateurs sacrés de l'Italie. Né à Nettuno, sur les ruines de l'antique port d'Antium, il n'avait pas encore quatorze ans, lorsqu'après bien des larmes et des prières, il obtint de son père, en 1637, d'entrer au noviciat de Saint-André. Formé d'abord à la perfection religieuse par le P. Jean-Paul Oliva, Maître des novices, puis à l'art de parler et d'écrire par le P. Sforza Pallavicino, futur cardinal de la sainte Eglise Romaine, Paul Segneri fit d'étonnants progrès sous deux si habiles maîtres Bien loin de laisser refroidir sa première ferveur au milieu des études, il se montra chaque jour, écrit un témoin oculaire, plus dégagé de lui-même, et plus dévoué à tout ce que Dieu désirait de lui. Pour s'animer encore plus efficacement à garder toutes ses résolutions, il eut recours à l'une dd^s industries les plus salutaires, conseillées aux jeunes religieux par saint Ignace, celle de se choisir parmi ses frères, avec l'approbation de ses supérieurs, comme un émule de travail et de ferveur, auquel il découvrait également ses défaites et ses victoires.
Ainsi préparé, Paul Segneri parut, après son troisième an, dans les chaires de plusieurs villes importantes ; il y acquit bientôt un merveilleux renom d'éloquence. Mais Dieu se préparait avant tout un apôtre. Pendant une retraite qu'il fit en 1660 à Pérouse, à l'âge de trente-six ans, les vérités éternelles se présentèrent à son esprit comme il ne les avait encore jamais comprises. Durant plusieurs nuits, il fut tenu en éveil, absorbé dans la méditation de l'insondable éternité ; puis tout à coup, et au milieu des plus vives appréhensions, Notre-Seigneur lui fit entendre ces douces paroles : « Je veux que nous nous aimions mutuellement » ! Dès qu'il sortit de ces exercices, le collège entier de Pérouse vit bien que l'Esprit-Saint venait de l'appeler à une perfection toute nouvelle. Il écrivit en grosses lettres dans sa chambre le mot latin Prope, mystérieux résumé de ce qu'il jugeait nécessaire à sa parfaite conversion, et dont les cinq lettres, tout en lui rappelant la présence de Dieu, devaient le faire ressouvenir des cinq choses qui allaient consommer le renouvellement de son âme, la pauvreté, le recueillement, l'oraison, la pénitence et les examens.
Ne pouvant ici montrer en détail à quel degré vraiment extraordinaire le P. Segneri porta la pratique de ces vertus, nous nous bornerons au seul récit de ses pénitences pendant plus de trente années de sa vie. Dans l'intervalle de ses travaux apostoliques, c'est-à-dire dans les quelques mois de repos qu'il passait en communauté, occupé à la composition de ses nombreux ouvrages, il se flagellait invariablement deux fois par jour, et vers les dernières années trois fois. La nuit, il dormait sur une planche ou sur un cilice ; le jour, il portait, repliée et serrée très étroitement autour de ses bras, de ses épaules, de sa poitrine et de ses