XIII DECEMBRE
Le treizième jour de décembre de l'an 1604, mourut saintement i
à Messine le P. Vincent Gastagnola, originaire de Chio, entré h 1
cinquante-deux ans dans la Compagnie. Il avait longtemps porté les armes, et commandait une galère à la glorieuse journée de Lépante. Au milieu de la licence des camps, il n'avait jamais perdu la grâce de Dieu, et s'était également signalé par sa piété et sa bravoure. Enrôlé sous l'étendard de saint Ignace, il eut l'honneur d'introduire la Compagnie, au prix de bien des fatigues et des privations, dans l'île de Chio, et traduisit en grec vulgaire le catéchisme espagnol du P. Ledesma, pour l'instruction de ses compatriotes. Quand la vieillesse eut brisé ses forces, il fut rappelé à Messine. Mais toujours ami du travail, il demeurait une grande partie du jour dans son confessionnal, recevant les pécheurs ou les attendant avec une incomparable charité ; et si quelqu'un lui représentait qu'il aurait moins à souffrir dans sa chambre, où l'on pourrait aller l'appeler : «: Ne voyez-vous pas, répondait-il, les marchands rester tout le jour près de leur comptoir pour inviter les acheteurs, par leur présence, et ne laisser passer aucune occasion du plus léger gain ? Et pour gagner des âmes immortelles, voudrais-je ne pas en faire autant » ?
XIII DÉCEMBRE. — F. JEAN BITONTO. 61b
Dans sa dernière maladie, on l'entendait souvent répéter que parmi les plus grandes grilces dont il se reconnaissait redevable h la Providence, il mettait au premier rang sa vocation, son admission au noviciat, et sa mort dans la Compagnie, fondement très ferme, ajoutait-il, de l'inébranlable espérance de son salut. Un peu avant de rendre le dernier soupir, il éleva la main comme pour montrer le ciel, puis il expira. Le P. Castagnola était âgé de soixante-dix ans ; il en avait passé dix-huit en religion.
Litterœ ann. Societ., anno 1604, p. 12. — Nadasi, Ann. dier. memorab., 30* niart., p. 175. — Aguilera, Histor. Prov. SicuL, t. 1, p. 334, 463. — SoTUELLUs, Biblioth., p. 781. — Sommervogel, Biblioth., t. 2, p. 821. — MoNGiTORE, Biblioth. Sicul., t. 2, p. 280.
Le treizième jour de décembre de l'an 1610, mourut à Naples le Frère Coadjuteur Jean Bitonto, religieux d'une humilité, d'un amour de Dieu et d'une charité à toute épreuve. La dernière place et les plus lourds fardeaux lui semblaient les seules choses dues à un misérable comme lui. Réprimandé sévèrement un jour et puni en public d'une faute qu'il n'avait pas commise, le F. Bitonto se garda bien de laisser échapper une si belle occasion de se mortifier ; et comme son supérieur affligé lui adressait ensuite quelque reproche de n'avoir rien dit pour se justifier : « Mon Père, répondit-il, je me sens coupable, hélas ! devant Dieu de tant de péchés, que cent nouvelles humiliations et pénitences plus fortes ne suffiraient pas pour en expier un seul ».
616 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE d'iTALIE.
Le F. Bitonto mourut à l'âg-e de soixante ans ; il en avait passé quarante-et-un dans la Compagnie.
Santa.gata, Istor. délia Provinc. di Napoli, t. 3, p. 383. — Litterse. ann. Societ., anno 1610, p. 30.
Le treizième jour de décembre de l'an 1655, mourut glorieusement sous les coups des barbares de Mindanao, le P. Jean Mon- TiEL, né à Reggio en Calabre, et entré dans la Compagnie à l'âge de quinze ans. Il n'avait guère eu, pour se préparer à cette grâce du martyre, que le temps de son noviciat et de ses études ; mais tous les témoignages de ses compagnons sont unanimes à le représenter dès lors comme un homme plein de Dieu. L'un de ses professeurs, voulant résumer l'impression que lui avaient laissée la modestie, l'ardeur au travail, les conversations et la piété du P. Montiel : « En vérité, disait-il, toute sa personne exhalait la sainteté » ; et quand il partit pour Mindanao : « Je puis affirmer de lui, sous la foi du serment, ajoutait-il, ce que les livres sacrés affirment de saint Etienne : son visage m'apparut comme le visage d'un ange et avec des splendeurs de bienheureux « .
A Naples, Jean Montiel visitait assidûment la chapelle du grand apôtre des Indes, et lui demandait quelques étincelles de ce feu dont venait d'être embrasé naguère par son intercession le cœur de Marcel Mastrilli. Quand malgré sa jeunesse, avant la fin de ses études, il eut obtenu la mission des Philippines, son héroïque générosité lui inspira de faire, à l'imitation de François-