‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 299 sur 362 · XVI DÉCEMBRE. — P. FRANÇOIS SACCHINI · texte numérisé non relu

XVI DÉCEMBRE. — P. FRANÇOIS SACCHINI

leur bon plaisir, à passer toute sa vie dans ce laborieux ministère. Mais le P. Nicolas Orlandini étant venu h mourir, il fut choisi pour continuer à sa place l'Histoire de la Compagnie. Quatre volumes, dont trois ne furent publiés qu'après sa mort, sortirent de sa plume ; ils sont écrits avec une exactitude, un intérêt, et en même temps une pureté et une élégance de style, qui au jugement du P. Southv^'ell, dans sa Bibliothèque, méritent à leur auteur le titre de père de notre histoire. Le P. Sacchini consacra dix-huit années à ce travail, retiré dans la maison du noviciat de Saint-André. Il fut alors nommé, par le Père Général Mutins Vitellesclii, secrétaire de la Compagnie, et resta dans cet emploi jusqu'à son dernier soupir.

Ses qualités d'historien et de littérateur, si brillantes qu'elles fussent, s'éclipsaient devant ses vertus religieuses. « Le P. Sacchini, disait le P. Vitelleschi, me paraît un modèle accompli de toutes les vertus ; mais c'est l'humilité et la modestie qui resplendissent en lui d'un éclat particulier ». Le P. Jean-Baptiste Garminata affirmait de son côté qu'entre tant de religieux éminents dont se glorifie la Compagnie, il ne croyait pas en avoir rencontré un seul qui lui parût mieux formé selon le modèle de nos Constitutions.

Le P. Sacchini donnait un jour sa leçon d'éloquence au Collège Romain. Son père, humble villageois, venu à Rome pour voir son fils, entre tout à coup dans la salle ; la présence de cet homme aux vêtements grossiers, h la démarche embarrassée, semble étonner l'auditoire ; on croit qu'il s'est mépris. Le professeur l'aperçoit, et interrompant son cours : « C'est mon père », dit-il ; il descend aussitôt de chaire, l'embrasse, l'invite à s'asseoir, et lui A. I. — T. II. — 80.

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fait ensuite visiter tout le Collège Romain . A Saint-André, le P. Sacchini prenait part, autant qu'il pouvait, aux exercices de pénitence et d'humilité des novices, et bien peu étaient plus diligents à s'accuser de leurs fautes et h demander d'en être repris. Sa modestie était telle qu'il connaissait à peine tant de monuments et de merveilles de l'art, fontaines, statues, obélisques, qui remplissent la Ville éternelle. Retenu un jour jusqu'à la nuit par le Père Général, il fut très surpris de voir en rentrant à la maison de grands feux dans les rues ; son compagnon lui ayant dit que c'était la réjouissance en usage pour célébrer la promotion des nouveaux cardinaux : « Eh bien, répondit-il, depuis trente ans que je suis à Rome, c'est la première fois que je vois cela ». Il faisait tous ses exercices de piété à genoux, tête découverte et sans appui ; pendant le saint Sacrifice, il paraissait embrasé d'amour, et consacrait ensuite d'ordinaire une demi-heure à l'action de grâces. On a lieu de croire qu'il reçut l'annonce de sa fin prochaine. Car un jour, après un entretien plus fervent encore que de coutume avec Notre-Seigneur, rencontrant le F. Hubert Fornari, qui était au service du Père Général : « Frère, lui dit-il, allez dire à notre Père que je vais à l'infirmerie pour y mourir ; car telle est la volonté de Dieu ». Et en effet, trois jours après, il rendit doucement le dernier soupir en prononçant le nom de Jésus. Il était âgé de cinquante-cinq ans, et en avait passé trente-sept dans la Compagnie.

Sacchinus, Histor. Societ. Jesii, part, 5» , Prœ/atio a P. Petro Possino. «— CoRDARA, Histor. Soc. Jesu, part. 6* , lib. 10, n. l, p. 558. — So-

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