XV DÉCEMBRE. F. CLÉMENT RESSA
qu'on lui fît, il ne sut dire autre chose sinon qu'il était prêt à exécuter de bon cœur et sans retard tout ce qu'on voudrait de lui. Sur cette réponse, le P. Salmeron l'admit et l'envoya au noviciat de Noie.
Une année après, le jeune religieux commença son cours de régence au collège de Naples. Parmi ses écoliers, il s'en trouvait un que ses vertus et ses talents ont plus tard rendu célèbre parmi nous, Vincent Maggio. Il ne tarda pas à le distinguer entre tous les autres, et résolut d'en l'aire la conquête. Obéissant à une inspiration intérieure, il le prend un jour en particulier, et lui dit sans préambule : « Faites-vous Jésuite » ; puis comme pour le préparer à cette vocation de choix, il lui enseigne la pratique de l'oraison mentale. Vincent Maggio se laissa persuader par son jeune maître ; et en attendant de le suivre, il se fit apôtre à son tour au milieu de ses condisciples ; un grand nombre d'entr'eux renoncèrent au monde, à son exemple, et entrèrent soit dans la Compagnie, soit dans d'autres Ordres religieux.
Cependant la santé de Clément Ressa s'était altérée et donnait des inquiétudes. 11 fut envoyé à Capodimonte, maison de campagne du collège de Naples, et confié aux soins du F. Denis Vigneri, né en Lorraine, religieux d'une charité insigne et d'une telle vertu, qu'après sa mort, arrivée en 1604, il apparut rayonnant de gloire au Vén. P. Jules Mancinelli. La salubrité de l'air et la sollicitude dont il était l'objet semblaient redonner des forces au malade et le ramener à la vie, quand un jour il appela de grand matin son infirmier, et lui dit : « Frère, il faut me conduire au collège, pour y recevoir les derniers sacrements ; car je dois mourir ce soir ; c'est notre médecin c[ui me l'a dit tout à l'heure, après
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m'avoir examiné avec beaucoup d'attention » . Or nul médecin n'était entré dans la maison et n'avait pu y entrer, toutes les portes étant closes. Le F. Vigneri crut à une imagination du malade ; cependant pour ne pas le contrister, il l'emmena au collège. Presque aussitôt après son arrivée, le F. Ressa fut pris d'une fièvre ardente ; le mal parut si grave, qu'on lui donna les derniers sacrements ; le soir du même jour, il remit doucement son âme entre les mains de Dieu. Tous demeurèrent persuadés au collège que le médecin dont il disait avoir reçu la visite, n'était autre que son ange gardien, et ils admirèrent la bonté de Dieu, qui le récompensait ainsi de l'innocence de sa vie et de son zèle à promouvoir parmi ses écoliers la fréquentation des sacrements. Le F. Ressa avait passé quatre ans dans la Compagnie.
ScHiNosi, Istor. délia Provinc. di Napoli, t. 1, p. 302. — Le P. Patri- GNANi, Menol., 19 die, p. 151, a reproduit presque mot à mot le récit du P. Schinosi.
XYI DECEMBRE
Le seizième jour de décembre de l'an 1614, mourut en odeur de sainteté au collège de Palerme le P. Vincent Reggio, le plus jeune des trois frères du même nom qui firent tant d'honneur à la Sicile par leurs talents et leurs vertus. Après avoir enseigné la philosophie à Rome, Vincent Reggio fut envoyé en Autriche et chargé d'une des premières chaires de dogme au collège de Vienne. Mais le rude climat du nord ébranla rapidement sa santé, et on dut se hâter de le renvoyer en Sicile. Sa vertu s'était affermie au milieu des souffrances ; il y avait acquis en particulier cette délicatesse de cœur qui lui valut dans un si haut degré l'amour et la soumission de ses frères, lorsqu'il fut appelé à les gouverner, et lui fit donner plus tard par l'un d'eux, le P, Joseph La Matina, l'épithète de suavissime fortis. « Nous avons tous vécu sous son autorité, ajoute le même témoin, unis de cœur entre nous et avec lui par une délicieuse charité. Il ne demandait rien, en effet, dont il ne nous eût donné auparavant l'exemple. Aussi jamais cette famille ne fut plus régulière, plus joyeusement dévouée à tous les ministères de notre vocation, ni plus fervente. Et nous vîmes jusqu'à l'état temporel de la maison sensiblement béni par Notre-Seigneur, en considération de son intime ami Vincent Reggio » . A l'âge de près
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de soixante-dix ans, ce saint religieux jeûnait encore non seulement pendant le carême, mais pendant l'avent et la veille de toutes les fêtes de la très sainte Vierge. L'ornement de sa chambre se bornait à une pauvre image de papier. Mais rien n'invitait plus aimablement à la sainteté que son angélique modestie ; un fait montre jusqu'où elle allait. Sa sœur, Benedetta Reggio, étant morte avec la réputation d'une sainte, on apporta peu de jours après son portrait au P. Vincent ; et comme on lui demandait s'il le trouvait ressemblant : « Vraiment, dit-il, je n'en sais rien, car jamais je n'ai regardé le visage de ma sœur ». Le P. Reggio mourut à l'Age de soixante-dix ans ; il en avait passé cinquante-six dans la Compagnie.
Patrignani, Menol., 16 dicemb., p. 132. — Nadasi, Ami. dier. memor., 16» dec, p. 327. — 1d. , Pretiosœ Occupât., c. 15, n. 5, p. 118. — Drews, Fasti Soc. Jesu, 16^ dec, p. 493. — Aguilera, Histor. Provinc, SicuL, t. 2, p. 46. — SoTiELLus, Biblioth., p. 783. — de Backer, Biblioth., l^f'^ édit., t. 1, p. 617. — Mongitore, Biblioth. SicuL, t. 2, p. 294.
* Le seizième jour de décembre rappelle l'heureuse mort du P. François Sacchini, arrivée à Rome en 1625. Il était né à Paciano, au diocèse de Pérouse, dans une obscure condition. Entré à dix-huit ans dans la Compagnie, il se fît bientôt remarquer par une vertu et des qualités non communes. Il enseigna successivement les humanités et la rhétorique à Florence et au Collège Romain, avec une grande réputation, et s'offrit aux supérieurs, si c'était