‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 4)Chapitre 31 sur 362 · XVII JUILLET. — P. JEAN-MARIE SALVATERRA · texte numérisé non relu

XVII JUILLET. — P. JEAN-MARIE SALVATERRA

aventureux, el à s'engager dans la même carrière pour y travailler plus sûrement au salut des Ames.

Dieu lui réservait en effet plus do quarante ans d'apostolat ; mais il lui fallut d'abord l'exercer à Gênes et à Puebla dans l'étroite enceinte d'une classe. Ce fut là que, de concert avec son cher compagnon de noviciat, d'enseignement et de mission, le P. Jean-Baptiste Zappa, il établit parmi les enfants la pieuse et salutaire pratique des fleurs de Marie, invention touchante du zèle de ces deux jeunes religieux à faire honorer la Reine des anges. On peut dire au reste que ce zèle eut partout et toujours une place d'honneur dans la vie apostolique du P. Salvaterra. Les fruits qu'il en recueillit furent admirables. Pour nous borner à un seul exemple, quand il entreprit à Guadalaxara de .lalisco, sa magnifique église de Notre-Dame de Lorette, on vit les magistrats, les gentilshommes, et jusqu'aux dames les plus délicates, apporter à l'envi les pierres, le sable et la chaux pour la construction du saint édifice. Aussi, bien des fois la Mère de Dieu remercia elle-même son fidèle serviteur par les grâces les plus extraordinaires. Les missions de la Sierra Madré, celles de Sonora, de Cinaloa, et do la grande Tarahumara, champs fertiles en fatigues et en croix, furent le premier théâtre accordé aux désirs du saint apôtre. Sa charité avait tellement gagné le cœur des pauvres habitants de ces contrées, qu'ayant appris son rappel par les supérieurs, ils allèrent jusqu'à Mexico, armés de leurs massues et de leurs flèches, pour l'enlever de force, s'il no leur était rendu de bonne grâce. {]n jour, un vaisseau s'étant brisé sur la côte de Cinaloa, tous les naufragés éperdus appelèrent à leur secours l'homme de Dieu, alors bien loin de là ; dans l'instant, ils le virent arriver glissant

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sur la surface de la mer, animant de la voix ceux qui avaient assez de force pour gagner le bord à la nage, soutenant ceux que l'abîme allait engloutir, et leur mettant en main quelque débris qui pût les porter dans des eaux moins profondes ; puis au moment où tous se jetaient à ses pieds pour lui rendre grâce, il disparut à leurs yeux.

Mais le triomphe du P. Salvaterra fut la conquête de la Californie, où depuis plus de cent quarante ans, les armes d'Espagne et la croix des plus intrépides missionnaires avaient vainement tenté d'aborder. Les vingt dernières années de sa vie appartinrent à ces tribus indomptées, dont il gagna les premiers enfants par les charmes de sa voix et de son luth. En peu de temps, cette terre ingrate devint une sorte de paradis où fleurirent les plus belles vertus, et où nombre d'ouvriers suffisaient à peine à recueillir la moisson.

OviEDo, Menulugio de los Varones ... de Nueva-EspaFut, 18 julio, p. 245. — Patrignani, MenoL, 8 luglio, p. 66. — GL.vviGEno, Storia délia California, t. 1, l. 2, c. 10, p. 184 et suiv. ; c. 24, p. 2.37 et suiv. ; /. 2, l. 3, c. 2, p. 3 et sidi'. — Venegas, Noticia de la California, t. 2, c. 1, /;. 1 et suiv. ; c. 7, p. 137 et suiv. ; c. 10, p. 199 et suiv. — Id., Vita del V. P. Juan Maria de Salvatierra. . . , Mexico 1754. — Alegiie, Historia de la Compahia de Jésus en Nueva-Espaha., t. 2, p. 50 et suiv. ;

* Vers le milieu du mois de juillet de l'an 1560, mourut à Naples le F. Antoine de Lega, Coadjuteur temporel, d'une charité insigne pour les pauvres et tous les membres souiTrants de Jésus-

XVIl JlTlLrJ'T. F. ANTOINK DK I.KGA. CO

Christ. Jusqu'à l'àgc de cinquante-sept ans, il avait exercé dans le monde la profession de dessinateur et d'orfèvre ; par sa probité et son luibileté dans son art, il s'était acquis une telle réputation, qu'on s'adressait à lui de tout côté pour les travaux les plus délicats et les plus précieux. Il aurait pu facilement se faire une brillante fortune, s'il n'avait eu plus à cœur de se ménag-er un trésor dans le ciel que de remplir ses coffres. Après avoir prélevé ce qui était rigoureusement nécessaire pour son entretien, il distribuait chaque soir aux malheureux tout le gain de sa journée. Aussi l'appelait-on « le père des pauvres». Dieu le récompensa de cette libéralité, dit son historien, en lui faisant découvrir la perle précieuse de la pauvreté évangélique.

A l'âge de cinquante-sept ans, Antoine de Lega vint frapper à la porte du noviciat de la Compagnie. Il parut aussitôt dans son élément ; parmi les novices, nul n'était plus humble, plus souple entre les mains des supérieurs, plus attentif aux moindres observances. Après quelques mois, il fut donné comme compagnon au Procureur de la maison, et celui-ci se déchargea sur lui de la plus grande partie de son emploi. Le F. de Lega s'acquitta de sa tache avec un soin et une diligence admirable, et en même temps avec un calme et une possession de lui-même que rien ne troublait, parce qu'il avait uniquement en vue la sainte volonté de Dieu. Son travail terminé, il s'occupait de ses pauvres. 11 recueillait pour eux les restes de la maison, et les leur portait luimême avec autant de respect et d'empressement que s'il avait dû nourrir Jésus-Christ. Il visitait encore les malades dans les hôpitaux, procurait un gîte et du travail aux vagabonds, et arrachait ainsi ces malheureux à la misère et au danger d'offen-

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ser Dieu. D'autres fois, il reprenait ses crayons et dessinait, pour les distribuer autour de lui, les images du Sauveur et de sa sainte Mère. Ces images, qui selon l'expression de son liistorien, étaient sorties de son cœur, parurent si belles et si pieuses qu'on les fit graver sur acier et répandre par milliers dans tout le pays.

Un acte d'obéissance fut l'occasion de sa mort. La reine de Pologne, Bonne Sforza, venait de mourir à Bari, laissant tous ses joyaux à Philippe II d'Espagne. A la demande du vice -roi, le F. de Lega fut envoyé à Bari pour en faire l'estimation, et garantir ainsi la Chambre royale contre toute tentative de fraude. Mais à peine fut-il de retour à Naples, qu'une fièvre violente le saisit ; et peu après, l'image de Jésus sous les yeux et son nom sur les lèvres, le F. de Lega rendit doucement le dernier soupir. Il était Agé de soixante ans et en avait passé un peu plus de trois dans la Compagnie.

SvccniNus, Histor. Societ. Jesu, lib. 4, n. 38, p. 119. — Schinosi, Istor. delta Provinc. di Napoli, t. l, p. 115 et suiv. — Patrigna.ni, MenoL, 16 luglio, p. 140.

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