XXII DECEMBRE
Le vingt-deuxième jour de décembre de l'an 1707, mourut à Parme le P. Paul Casati, qui malgré sa vieillesse et la perte de la vue, publiait encore ses derniers ouvrages sur les sciences sacrées et profanes, à l'âge de quatre-vingt-huit ans. Nous emprunterons tous les traits et la plupart des expressions de son éloge aux rédacteurs du Journal de Trévoux qui ne crurent pas pouvoir à sa mort, lui refuser un pareil hommage, quand toute l'Europe, avait si hautement loué son mérite pendant sa vie.
La noblesse de son origine le distinguait encore moins que son esprit, son beau naturel, sa prudence et sa piété. Il enseignait la théologie à Rome, lorsque le P. Goswin Nickel le choisit pour aller en Suède, sous un déguisement qui pût tromper la vigilante haine des ennemis de l'Eglise, conférer à Stockholm avec la reine Christine ; le succès de ce voyage fut la conversion de cette princesse, conversion si parfaite et si généreuse, que Christine ne recula point devant la perte d'une couronne. A peine Casati fut-il de retour d'une si délicate ambassade, que malgré ses rares talents pour les sciences, il fut appliqué par le P. Nickel au gouvernement de ses frères, et y consuma plus do quarante ans.
658 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.
Prudent, mais toujours droit sans aucun détour de finesse, modeste sans affectation, zélé sans violence et sans aigreur, le temps de sa supériorité parut toujours trop court à ceux qui avaient le bonheur d'être sous sa direction. Il inspirait la vertu par son exemple ; il la faisait aimer par ses manières ; plus soigneux de prévenir les fautes que de les punir, il se voyait rarement dans la nécessité d'être sévère. Quelque amour qu'il eût pour l'étude, à laquelle il consacra toujours et partout une grande partie de ses moments libres, il n'en était pas d'un accès plus difficile ; l'accueil qu'il faisait à tout le monde , ôtait jusqu'au soupçon qu'on l'importunât. Sa douceur retenait les plus vifs ; sa bonté calmait les plus aigris ; sa franchise ouvrait les cœurs des plus défiants et des plus dissimulés ; ses reproches même ne blessaient point, tant il était visible pour tous que l'amertume n'y avait aucune part, et qu'en le contraignant à châtier, comme un enfant coupable y contraint son père, on n'avait rien perdu de sa tendresse. Tous l'aimaient, parce que tous sentaient qu'ils en étaient véritablement aimés. C'est ce qu'éprouvèrent tour à tour sous son gouvernement le collège de Parme, la maison professe de Venise, et enfin la Province tout entière. Mais c'est ce qu'éprouva surtout presque jusqu'à la mort de ce grand homme, l'antique et florissante université de Parme, dont il occupa la première dignité pendant trente ans.
En digne fils de saint Ignace, le P. Gasati ne s'appliquait pas moins, dans le saint exercice de l'oraison, dont il fit toujours ses délices, à orner son âme de connaissances et de vertus bien plus précieuses. II y puisa en particulier cette égalité d'humeur et ce calme dans les événements les plus imprévus et les plus contrai-