XXI DÉCEMBRE. — P. ETIENNE PALLOZZI
* Le vingt-et-unièmc jour de décembre de l'an 1709, mourut à Porto-Bello, près de l'isthme de Panama, le P. Etienne Pallozzi, chassé par les décrets du roi d'Espagne des missions du Paraguay. Il était parti de Rome pour le Nouveau-Monde dès la seconde année de son noviciat. Après avoir terminé ses études au collège de Cordoue du Tucuman, il avait été envoyé chez les Chiquitos. 11 semblait que Dieu l'avait prédestiné à la sanctification de ces peuples. Vainement les supérieurs tentèrent plus d'une fois de le rappeler ; des circonstances indépendantes de leur volonté les empêchèrent toujours de donner suite à leur projet. Simple missionnaire ou supérieur de toutes les réductions établies sur le territoire des Chiquitos, le P. Pallozzi, par sa charité, son dévouement, sa douceur, ravit le cœur des Indiens et s'en fit aimer comme leur père. Cette affection rejaillissait sur tous ses compagnons. Nulle part les ouvriers de la Compagnie n'étaient entourés de plus d'amour et de vénération.
L'humilité semblait la vertu dominante de l'homme de Dieu. 11 était si empressé à se mettre au service de tout le monde, même quand il était supérieur ; il commandait avec tant de bonté et d'égards ; il apportait dans ses rapports avec ses frères tant de simplicité et de cordialité, que selon l'expression de l'un d'entre eux, le P. Joachim Camano, il fallait faire un acte de foi pour croire qu'il fût au-dessus des autres, « Au souvenir de sa condescendance, disait le même témoin, je ne puis retenir mes larmes; quiconque n'a pas vu de ses yeux les actes auxquels il s'abaissait pour nous, ne pourra jamais s'imaginer quel fut en cet homme l'esprit d'humilité ».
G56 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE d'iTALIE.
Quand parurent les odieux décrets d'exil contre les apôtres qui avaient gagné ces nations à la civilisation et à la foi de Jésus- Christ, le président du sénat de Chuquisaca, Martinez, demanda que le P. Pallozzi fût exempté de la loi commune et laissé au milieu des Indiens, parce que nul autre n'avait plus d'autorité sur leurs esprits, et n'aurait pu mieux les contenir, s'ils avaient tenté de se révolter. Mais l'impitoyable sentence ne souffrait aucune exception ; et à l'âge de soixante-dix ans, après un demi-siècle de travaux, le missionnaire, le cœur brisé prit, au milieu des larmes de ses Indiens, la route de l'exil. Pendant cette longue et douloureuse od3'ssée, du Paraguay au Pérou, et du Pérou à Panama et à Porto-Bello, il ne pensa qu'à soutenir le courage de ses frères et à soulager leurs fatigues. Sa charité lui fît donner le nom de saint. Mais comme les proscrits attendaient à Porto-Bello, station tristement fameuse par l'insalubrité de son climat, le départ du navire qui devait les emmener en Europe, il fut assailli par une fièvre maligne ; il y succomba bientôt dans la soixante-et-onzième année de son âge et la cinquante-deuxième depuis son entrée dans la Compagnie.
JoACHiM C.vMANO, Imoltt, 25 sett. 1787. Lettre au P. Tennanini ( Arch. Rom. ).