XXIII DECEMBRE
Le vingt-troisième jour de décembre mourut en 1700, Maître des novices de Messine, le P. Joseph d'Alessandro, modèle de charité envers les autres et de haine contre lui-même. II avait puisé ces sentiments dès sa plus tendre enfance dans les leçons et les exemples de la maison paternelle. L'un des premiers livres que ses parents lui remirent entre les mains, et dont ils faisaient eux-mêmes la nourriture ordinaire de leur àme, fut le traité du P. Rodriguez sur la perfection. Dieu répandit si abondamment les richesses de ses bénédictions sur cette pieuse famille, que le père et le fils entrèrent ensemble dans la Compagnie, tandis que la mère se consacrait au service de Notre-Seigneur dans un monastère de l'Ordre de saint Benoît, à Vezzini.
Dès son élévation au sacerdoce, Joseph d'Alessandro passait dans toute la Sicile pour opérer par sa douceur des miracles de conversion, de pénitence et de sanctification. On peut voir en particulier, dans l'ouvrage du P. Aguilera, l'histoire d'une malheureuse pécheresse qui entassait depuis près de vingt ans sacrilège sur sacrilège, sans que ni l'éloquence des prédicateurs, ni les angoisses d'une maladie mortelle, ni l'apparition même de la très sainte Vierge eussent pu la décider à faire une confession entière de
662 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE d'iTALIE. o
ses fautes. Mais dès qu'elle eut vu et entendu le P. d'Alessandro, I
elle fut sauvée.
Nommé Recteur de Caltagirone, puis Instructeur du troisième an, Recteur de Palerme, Maître des novices, l'homme de Dieu avait trouvé, comme prémices de son gouvernement, une maison criblée de dettes, et condamnée à de nouvelles dépenses par la rigueur d'une année de famine, et par les fêtes, si magnifiques en Sicile, que réclamait la canonisation de saint François de Borgia. Néanmoins, au bout de trois ans, le collège ne devait plus rien. Quand on demandait au saint Recteur comment il s'était déchargé d'un pareil fardeau : « En donnant largement aux pauvres, répondait-il, et nous fiant aux promesses de Dieu, sans rien négliger pour nous rendre dignes, par la fidélité à toutes nos règles, d'être regardés et traités comme ses enfants ». — « Dieu n'est jamais avare, disait-il encore, avec les âmes libérales et généreuses » ; sainte maxime qui lui faisait demander à son Provincial que les Pères et Frères Coadjuteurs brisés par l'âge et les maladies lui fussent envoyés, pour qu'il prît soin d'eux avec ses novices. Il ne fournissait pas moins libéralement à l'entretien des Nôtres et des étrangers qui désiraient faire dans sa maison les Exercices de saint Ignace, sachant assez et proclamant bien haut que ce que l'on fait pour les âmes est payé au centuple dès cette vie. Mais s'il s'agissait de sa personne, le P. d'Alessandro suivait des maximes bien différentes : « Domine, pati et contemni pro te, répétait-il comme l'héroïque saint Jean de la Croix ; Seigneur, souffrir et être méprisé pour vous » ! Les instruments dont il se servait pour mettre sa chair en lambeaux, étaient une imitation de ceux que la rage des persécuteurs avait inventés contre les martyrs ; et nous