XXIV DÉCEMBRE — P. PIERRE GRAVITA
leur pays, où le roi Sigismond et la noblesse polonaise rendirent le plus magnifique hommage h sa charité.
Tant de zèle à faire le bien semblait l'avoir rendu nécessaire à Rome ; le cardinal Barberini alla même jusqu'à faire signer au Souverain Pontife un bref par lequel il était défendu au Père Général de le retirer de la ville, sans une permission expresse; mais le P. Gravita ne voulut jamais prendre connaissance de ce bref. En effet, au milieu de la vénération universelle, augmentée encore par le bruit des miracles, dont des témoins oculaires ont laissé une attestation écrite sous la foi du serment, il demeurait le plus humble et le plus obéissant des religieux. Dans les dernières années de sa vie, il eut à endurer de cruelles douleurs ; il les supporta avec une invincible patience ; arraché une première fois à la mort par ses chers congréganistes, qui avaient multiplié les prières au pied du saint Sacrement, et dont plusieurs s'étaient engagés à faire le pèlerinage de Notre-Dame de Lorette, il alla recevoir enfin la récompense de ses longs travaux et se reposer dans le sein de Dieu. 11 était âgé de soixante-dix ans, et en avait passé cinquantetrois dans la Compagnie.
CoRDARA, Histor. Societ. Jesu, part. 6*, lib. 1, n. 11, p. 15 seqq.\lib. 1, n. 11, p. 347. — Documents sur la vie, les travaux et les vertus du P. Pierre Gravita : témoignages des contemporains, entr'autres du Préfet de la Congrégation, Jean Barberino, qui avait vécu trente-trois ans avec le serviteur de Dieu ( Archiv. Rom. ).
676 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE Di'iTALIE.
* Le vingt-quatrième jeur de décembre de l'an 1674, mourut le P. Placide Giunta, appelé l'apôtre de Messine. 11 y remplit tour à tour les fonctions de Préposé de la maison professe, de Maître des novices et d'ouvrier apostolique ; dans tous ces emplois, il se signala par de grandes vertus et surtout par une admirable charité. La maison professe était dans un état de pauvreté extrême quand il en fut nommé supérieur ; il prit aussitôt pour devise et règle de conduite cette parole de Notre-Seigneur : Date et dabitur l'obis, et il vit se vérifier l'oracle divin de la manière la plus éclatante. Souvent, après avoir abandonné aux pauvres les quelques pièces de monnaie qui restaient dans sa bourse, il recevait le même jour des sommes considérables. En 1648, la famine et la peste s'abattirent à la fois sur la malheureuse ville ; le P. Giunta adopta les pauvres et les malades du quartier des Espagnols, et pendant plusieurs mois, il leur prodigua les secours dé l'Ame et du corps avec un dévouement et une libéralité que rien ne lassa jusqu'à la fin du lléau. Dans le temps où la guerre était allumée entre la France et l'Espagne, un navire français se brisa contre les rochers qui bordent la côte à l'entrée du détroit de Messine ; l'équipage fut fait prisonnier et jeté dans les cachots de la ville. Bientôt ces malheureux furent réduits à la plus horrible misère; et pour ne pas mourir de faim, ils agitaient déjà les résolutions les plus désespérées. Le charitable religieux apprend leur détresse ; et par de larges aumônes continuées un hiver entier, il ranime en eux l'espérance et les rend à la vie.
« Les prisons, les galères, les hôpitaux, étaient, dit un historien, les lieux de délices de cet homme de Dieu » . Grâce à sa