XXIV JUILLET
Le vingt-quatrième jour de juillet, l'an 4656, mourut à Naples, le P. Pierre Ferracuto, l'apôtre et le bienfaiteur des prisons de cette grande ville pendant quarante-deux ans. Il avait connu luimême toutes les douleurs de la captivité dans sa jeunesse ; avant l'àge de vingt ans, pris sur mer par des pirates, il avait été jeté dans les plus affreux cachots des côtes d'Afrique, et avait bravé toutes les tortures et les menaces, pour la défense de son innocence et de sa foi.
Quatre ans après son entrée dans la Compagnie, c'est-à-dire à l'àge de vingt-quatre ans, il pénétra pour la première fois dans les vieilles prisons de Naples ; et moins de dix ans lui suffirent pour les transformer par les miracles de sa charité. On peut voir en détail, dans l'histoire de la Province de Naples, quel triste repaire de vices et quel asile de douleur et de désespoir formait alors l'immense dépôt des condamnés de la Vicaria. Nul ne semblait s'occuper de leurs âmes. Tous les âges, et souvent hommes et femmes, étaient confondus. Dans un étroit passage, sous un escalier, était sans honneur une sorte d'autel de rebut, dont les reliques et la pierre sacrée servaient bien moins au saint sacrifice qu'à des opérations magiques. Tant de misères n'effrayèrent pas le
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cœur du P. Ferracuto ; il se mit aussitôt à l'œuvre Son premier soin fut de choisir un petit nombre des moins rebelles, parmi les condamnés, et d'en former le noyau d'une congrégation de la sainte Vierge. Les principales règles des congréganistes étaient d'éviter eux-mêmes le péché, et de l'empêcher, autant que possible, dans les autres, de réciter ensemble le chapelet, d'apprendre le catéchisme et de l'enseigner à ceux de leurs compagnons qui sembleraient les plus dociles. Puis il leur procura quelques livres de dévotion, en particulier la vie des saints, obtint la séparation des enfants, introduisit peu à peu l'usage des retraites, des neuvaines, des communions générales, de la prière et de la pénitence ; et si rapide fut le changement presque universel parmi ces pauvres gens, que les derniers à se laisser vaincre par l'homme de Dieu, attribuèrent longtemps son influence aux secrets de la magie. En même temps, il recueillait pour eux des aumônes, créait une infirmerie pour les malades, faisait construire dans l'enceinte des détenus une belle et vaste chapelle, décidait par son exemple et par ses prières plusieurs ferventes confréries de Naples, à procurer des vêtements et une nourriture plus saine à ceux qui n'avaient aucune ressource, du travail et un salaire convenable à ceux qui avaient appris ou voulaient apprendre quelque métier ; d'autres confréries acceptèrent le soin d'assister les agonisants, d'ensevelir les morts et de pourvoir aux frais de leurs obsèques et de leur tombe.
Auparavant, toutes les fois qu'une nouvelle chaîne de forçats était amenée à Naples, chacun de ces malheureux, à son arrivée, recevait des exécuteurs et des geôliers une rude bastonnade. Le P. Ferracuto parvint à obtenir la suppression de cet inutile châtiment. Trois jours avant la mort de chaque condamné, il faisait