XXIV JUILLET. P. PIERRE FERRACUTO
une quête à leur intention, parmi les prisonniers ; et bien peu de ferventes communautés eussent promis ou fait davantage pour leur obtenir une prompte entrée dans le ciel. L'homme apostolique vint même à bout de fonder pour leurs âmes une messe quotidienne, à laquelle le souverain Pontife, par l'entremise du P. Bellarmin, accorda toutes les indulgences de l'autel privilégié. Enfin la belle congrégation des avocats, défenseurs spontanés de tout prisonnier sans ressources , fut encore l'œuvre du P. Ferracuto. L'enfer déchaîna contre lui toute sa fureur, et pour l'entraver et le décourager, fit appel aux plus atroces calomnies ; mais rien n'arrêta son zèle, et son honneur fut vengé par la plus éclatante des justifications. La mort des martyrs de la charité devait couronner cette belle vie consacrée tout entière au dévouement. Dans cette peste effroyable qui s'abattit sur Naples en 1656, et au dire des historiens, moissonna plus de deux cent mille victimes, le P. Ferracuto fut un des plus intrépides parmi les cinquante-neuf héros, enfants de saint Ignace, qui livrèrent alors leur vie pour assister les membres souffrants de Jésus-Christ. Il était âgé de soixante-dix ans et en avait passé cinquante dans la Compagnie.
CoRDARA, Hislor. Societ. Jes., part. 6=^ , l. 2, n. 4, p. 86. — 1d., l. 13, n. 5, p. 174 sefjq. ; /. 15, n. 64, p. 365 seyy. — Alegambe, Mortes illustres, anno 1656, p. 526. — Patrignani, Menol., 24 lugiio, p. 191. — Santagata, Istoria délia Provînc. di Napoli, t. 3, />. 345 et suii>. ; t. 4, p. 97 et suiv., 151 et suiv., 157, 348, 427, 569.
88 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.
Le vingt-quatrième jour de juillet de l'an 1684, mourut glorieusement pour Jésus-Christ dans les missions des Iles Mariannes, le P. Théophile Piccolomini, plus connu sous le nom de Théophile DE Angelis, martyrisé par les barbares en haine de la chasteté qu'il leur prêchait. Jusque vers l'âge de dix-huit ou vingt ans, il semblait s'être abandonné au courant des plaisirs du monde, lorsque se reposant à la campagne, dans les environs de Sienne sa patrie, il assista comme par hasard aux exercices d'une mission, qui le transfigura en un émule des plus saints et des plus sévères pénitents. Il se revêtit d'un cilice, dont il ne se dépouillait chaque jour que pour se flageller jusqu'au sang. Dans son indignation contre sa vie mondaine, il imitait saint Jérôme se meurtrissant la poitrine avec une pierre, priait longuement à genoux sur des cailloux, dormait sur la terre nue avec une brique pour oreiller, jeûnait comme les anciens solitaires, et non content d'expier ses propres péchés, faisait assidûment le catéchisme aux petits enfants et aux pauvres, et leur inculquait par-dessus toute chose la crainte de méconnaître et d'offenser Dieu. Tel fut comme le premier noviciat du jeune Piccolomini.
Mais quand il voulut suivre de plus près Notre-Seigneur, et s'enrôler parmi les enfants de saint Ignace, la redoutable opposition de sa famille ne permit pas de le recevoir dans la Province Romaine. II s'enfuit donc secrètement à Naples, et pour se dérober plus sûrement à toute poursuite, il changea son nom en celui de Théophile de Angelis. Son grand cœur ambitionnait un sacrifice plus entier de lui-même. Dans l'espérance non seulement de beaucoup souffrir, mais de donner sa vie pour le nom de Jésus-