II AOUT. — P. JULES ALENI
quel degré de délicatesse et d'humilité le faisait descendre, au besoin, sa tendresse toute maternelle pour ses inférieurs. Un jeune religieux se montrait impatient du joug de l'obéissance et rebelle à tous les efforts de sa charité et de son zèle ; au lieu de le reprendre avec amertume, il se jeta un jour subitement à ses pieds pour les lui baiser, et en cette posture, il s'accusa de ne l'avoir pas traité jusqu'alors avec la douceur et l'humilité de Jésus-Christ. Démarche bien digne d'un saint, et dont le prix fut, non seulement de sauver une vocation chancelante, mais encore de transformer ce religieux réputé incorrigible, en un véritable enfant de la Compagnie.
Aguilera, Histor. Societ. Jes., t. % p. 123 seqq. — Sotuellus, Biblioth., p. 361. — SoMMERVOGEL, Biblioth., t. % p. 1088. — Mongitore, Biblioth. Sicul., t. 1, p. 298.
* Dans le courant du mois d'août de l'an 1649, mourut à Yenping, en Chine, le P. Jules Aleni, de Brescia, le premier missionnaire du Fo-Kien. Un haut dignitaire de l'empire se retirait dans cette province, loin des affaires publiques. Il invita le P. Aleni, dont la conversation l'avait charmé, à le suivre à Fou-tcheou, la capitale. Celui-ci accepta avec empressement, d'autant plus que nul missionnaire n'avait encore pénétré dans ce pays. Le bruit de son arrivée se répandit bientôt, et une multitude de lettrés accoururent pour l'entendi^e. La première conférence eut lieu devant un nombreux et brillant auditoire. Le P. Aleni établit la vérité de notre sainte religion, avec une telle force et une telle évidence, que plusieurs de ces lettrés, et parmi eux un fameux idolâtre venu ex-
124 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.
près pour le combattre, se déclarèrent convaincus et demandèrent le baptême. Leur exemple ne tarda pas être suivi, et les conversions se multiplièrent à Fou-tcheou et dans la province.
Une circonstance extraordinaire donna tout à coup à ce mouvement une impulsion nouvelle. En fouillant le sol, des ouvriers idolâtres trouvèrent une plaque de marbre sur laquelle était sculptée en relief une croix, aux lignes très nettement arrêtées. Les Chinois s'empressèrent de venir voir cette merveille ; beaucoup que la curiosité seule avait attirés, furent touchés de la grâce ; ils se firent expliquer le mystère signifié par cette croix, et reçurent le baptême. Bientôt le P. Aleni ne suffît plus au travail ; il demanda des auxiliaires, et s'enfonça lui-même plus avant dans le pays, où il fonda de nouvelles chrétientés. Le plus bel avenir s'ouvrait à ses espérances, lorsqu'une violente tempête, provoquée par le zèle trop ardent de quelques missionnaires étrangers à la Compagnie, arrêta ce magnifique essor, et menaça de ruiner en un jour l'œuvre créée au prix de tant de fatigues. Les Pères furent exilés; leurs églises, à l'exception d'une seule, profanées; les chrétiens condamnés à de grosses amendes ou à la prison. Le P. Aleni ne perdit pas courage ; il rentra secrètement dans la province, présenta au gouverneur une apologie de la loi chrétienne et des missionnaires, et eut la joie de voir l'orage se dissiper, et les choses reprendre leur ancien état.
Au milieu de tant de sollicitudes, augmentées encore par le soin de la Vice-Province de Chine qu'il gouverna pendant sept ans, le P. Aleni ne négligeait pas l'apostolat de la plume. Il composa de nombreux ouvrages tous écrits en chinois ; plusieurs, comme La vie de Notre-Seigneur, La vraie origine des choses, ont été