III AOUT
Le troisième jour d'août de l'an 1625, mourut après quarantequatre ans de travaux apostoliques au Pérou, le P. Louis Bertonio, de la Province romaine, que les sauvages, les nègres et les Espagnols appelaient vulgairement notre saint Louis. Malheureusement les déserts du Nouveau Monde furent presque toujours les seuls théâtres de l'héroïque vie qui lui avait mérité ce nom, et peu de détails nous ont été conservés. On sait seulement, par son propre aveu, qu'il n'y avait rien de si rebutant et de si vil, qui pût lui causer le plus léger sentiment de répugnance ou même de surprise ; ce qui eût fait horreur à tout autre, était encore à ses yeux trop honorable et trop bon pour lui. Perclus de tous ses membres et brisé par l'âge et la fatigue, le P. Bertonio voulut néanmoins entendre jusqu'à la mort les confessions des pauvres esclaves, et dès qu'il était seul, il ne cessait pas un moment de s'entretenir doucement avec Dieu et avec ses saints.
CoRDARA, Histor. Societ. Jes., part. G"" , l. 10, n. 215, p. 625. — So- TUELLus, Biblioth., p. 559. — Sommervogel, Biblioth., t. 1, p. 1392.
m AOUT. — F. RAYMOND CAFFARELLI. 127
Le troisième jour d'août, l'an 1648, mourut à Vezzini en Sicile, après avoir prononcé les vœux de dévotion sur son lit de mort, l'angélique Raymond Caffarelli, qui n'avait pas encore quatorze ans. Externe de notre collège de Vezzini, il partageait tous ses moments entre l'étude, l'oraison et les œuvres de miséricorde. Animé d'une tendre dévotion pour la très sainte Vierge, il ambitionnait comme un honneur, à l'approche des principales fêtes de Notre- Dame, de balayer et d'orner de ses mains la chapelle de la congrégation. Durant une horrible famine qui, jointe aux rigueurs de l'hiver, fît mourir bien des pauvres dans les environs de Vezzini, le pieux enfant obtint de son père et de sa mère, non seulement l'autorisation de nourrir et de réchauffer tous les indigents qui se présentaient, mais encore celle d'aller recueillir ceux qu'il trouverait gisants çà et là sans ressource, et de dresser au besoin des lits pour ceux qui n'avaient pas où prendre leur repos.
Un malheureux jeune homme l'ayant un jour surpris, s'efforça de l'entraîner au mal ; mais prières, caresses, tout fut inutile. Brandissant alors un poignard, le misérable menaça de l'en frapper, s'il opposait une plus longue résistance. Alors le très pur enfant de la sainte Vierge, puisant dans son horreur du péché un courage et une force bien au-dessus de son âge, se précipite sur son adversaire, lui arrache le poignard des mains, et le tournant contre lui, l'oblige à une fuite honteuse. Sorti vainqueur de cette lutte terrible, et effrayé du péril qu'avait couru son innocence, Raymond Caffarelli ne pensa plus qu'aux moyens de mettre son trésor en sûreté dans la Compagnie. Mais son âge ne permettait pas encore de lui ouvrir les portes du noviciat ; il dut donc
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attendre. Le délai fixé allait finir, lorsqu'il fut atteint tout à coup d'une maladie mortelle qui le conduisit en peu de temps aux portes du tombeau. Grande fut sa douleur de voir lui échapper l'objet de ses espérances, au moment où il se croyait prêt à le saisir ; mais ses larmes de tristesse se changèrent bientôt en larmes de reconnaissance et de joie, quand le Père Recteur du collège de Vezzini vint lui annoncer qu'il pouvait prononcer ses vœux de dévotion, et se considérer comme véritable enfant de saint Ignace: « 0 bonheur, s'écria-t-il, la mort va donc me trouver compagnon de Jésus » !
Aguilera, Histor. Provinc. SicuL, t. 2, p. 512, 513.
Le troisième jour d'août, à Palerme, mourut l'an 1665, dans une heureuse et sainte vieillesse, le P. Joseph Castelnuovo, dont le P. Mutins Vitelleschi .avait coutume de dire, que c'était un vrai supérieur envoyé du ciel, pour montrer à tous comment on doit gouverner, selon l'esprit et le cœur de Dieu. On admirait particulièrement en lui ce don de conseil, qui fait chercher et découvrir en toute chose ce qui est du plus grand service de Dieu et des âmes. L'Histoire de la Sicile nous a conservé le souvenir des belles industries que lui suggérèrent sa prudence et sa charité, durant une des plus cruelles pestes de Palerme, soit pour soulager ceux qui se dévouaient au salut des mourants, soit pour entretenir la santé, la ferveur et en même temps la gaieté des plus jeunes, qu'il sut mettre à l'abri des périls et de la terreur du fléau.
Trouvant plus tard la ville de Messine profondément irritée con-