VII AOUT
Le septième jour d'août de l'an 1551, mourut à l'àge de dixneuf ans, à Messine, le F. Jean-Antoine Pugliese, Scolastique, né en Galabre, l'ange et le modèle des novices que formait si admirablement alors le P. Corneille Wischaven, vénéré lui-même comme un saint. L'histoire de la Compagnie en Sicile nous a conservé les règles de perfection que s'était tracées le F. Antoine. Leur principal objet était de se vaincre assidûment, de tenir son cœur toujours très uni à Dieu par de fréquents actes d'amour, mais surtout de ne vivre que d'obéissance. Une circonstance particulière, fit voir combien sa vertu était déjà ferme. Le P. Wischaven, forcé parfois de s'absenter pour quelque temps, n'avait trouvé personne plus digne que le F. Pugliese de le remplacer ; et celui-ci, mesurant à sa propre ferveur celle des autres novices, ne leur ménageait pas l'occasion de remporter sur eux-mêmes de généreuses victoires. Plusieurs s'en plaignirent au Père Maître. Pour leur donner un grand exemple d'humilité et d'obéissance, le P. Wischaven leur soumit alors celui qui les avait si libéralement éprouvés, et leur commanda même, jusqu'à nouvel ordre, de l'éprouver à son tour
en toute manière. Ces jeunes gens, dit le P. Alberti, avec toute l'ardeur de leur âge, stimulée encore par l'obéissance, s'acquittèrent à merveille du rôle qui leur était assigné, imposant du matin au soir au F. Pugliese les actes les plus contraires, et les plus extravagants en apparence; mais tous, excepté lui, se lassèrent à cette lutte, et ils durent avouer que ni son obéissance, ni sa patience n'avaient pu être, même une seule fois, mises en défaut.
Ils eurent dès lors pour lui l'estime et la vénération dont on entoure les saints. Quand il fut près de rendre le dernier soupir, tous se pressèrent avec leur Père Maître autour de sa couche. Le moribond, après les avoir gracieusement salués, les pria humblement de lui pardonner, et tout à coup comme saisi par un mouvement irrésistible du Saint-Esprit, il leur parla de la grâce de la vocation et de la vertu de l'obéissance, avec une animation et une abondance de pensées et de sentiments, qui laissèrent une impression profonde dans leurs âmes. Sa joie fut sans bornes quand il se vit admis au bonheur de prononcer ses vœux de dévotion. S'approchant alors de lui : « Frère Jean- Antoine, lui dit le Père Maître, quand désirez-vous mourir ? — Mon Père, répondit l'enfant d'obéissance, quand Votre Révérence m'en donnera la permission ». Et à l'heure même fixée par le P. Wischaven, le F. Pugliese s'envola dans le sein de Dieu.
Orlandinus, Histor. Soc. Jes., l. 11, n. 18, p. 341. — Patrignani, Menai. , 7 agost., p. 70. — Alberti, Istor. délia Provinc. di Sicil., p, 52 et suiv. — Agxjilera, Histor. Provinc. SicuL, t. 1, p. 82 segq. —