‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 1 sur 331 · PARIS TYPOGRAPHIE M. SCHNEIDER 185, RUE DE VANVES · texte numérisé non relu

PARIS TYPOGRAPHIE M. SCHNEIDER 185, RUE DE VANVES

En tête du Ménologe de l'Assistance de France, nous avons dit quel était notre rôle dans la publication de l'œuvre du P. Elesban de Guilhermy ; nous n'avons pas à y revenir.

Nous donnons aujourd'hui le Ménologe de l'Assistance d'Italie. Aux notices composées par l'auteur, nous en avons ajouté d'autres en assez grand nombre ; nous les avons empruntées soit à des ouvrages déjà imprimés, soit à des documents encore inédits. Toutes ces notices sont marquées d'un astérisque ; elles sont rangées à la suite de celles du P. de Guilhermy, auxquelles, par une juste déférence, nous avons laissé la première place, môme quand l'ordre chronologique eût demandé une autre disposition.

Ainsi que nous l'avions fait pour l'Assistance de France, nous nous sommes exclusivement renfermé dans les trois premiers siècles de la Compagnie ; nous nous arrêtons à l'année 1840. C'est un regret pour nous ; car de quels noms ce recueil de nos grands hommes n'aurait-il pas pu s'en-

richir? Qu'il suffise de citer les Odescalchi, les Angelo Mai, les Tarquini, Cardinaux de la Sainte Eglise ; les Patrizi, les Perrone, les Vico, les Piaociani, les Secclii, exégètes, théologiens , savants de premier ordre ; les Capelloni , les Facchini, les Massa et tant d'autres, missionnaires en Italie ou parmi les infidèles dans l'Extrême Orient. La vie de plusieurs de ces serviteurs de Dieu a été écrite ; s'il en parcourt les pages, le lecteur verra que la génération contemporaine a lidèlemont recueilli l'héritage transmis par les générations qui l'ont précédée.

Magnifique héritage en vérité, où les plus belles gloires jettent à l'envi leur éclat : gloire de la sainteté proclamée et couronnée par les Pontifes Romains ; gloire de l'apostolat et du martyre ; gloire de la science et de la vertu des miracles ; gloire de la sagesse dans la direction des âmes et dans le gouvernement suprême de la Compagnie. Faut-il s'en étonner ? Le cœur de la Compagnie, comme celui de l'Eglise, ne bat-il pas plus vivement à Rome, et ne convient-il pas que ceux que la Providence a placés plus près de ce double foyer de lumière et de chaleur, en ressentent d'une manière toute spéciale la salutaire et féconde influence ?

En voyant se dérouler ce long et brillant cortège d'hommes qui tous, à des degrés divers, se sont signalés par des vertus non communes, souvent héroïques, religieux déjà formés, scolastiques, simples novices à peine sortis du monde, on se sent pressé de rendre grâce à Dieu, qui a daigné se ménager parmi les enfants d'Ignace de tels ouvriers de sa gloire, et on s'anime à marcher soi-même plus généreu-

sèment avec eux ù la suite du divin Capitaine et Roi de la Compagnie, Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Le P. de Guilhermy, en écrivant son Ménologe, n'avait point d'autre dessein en vue ; c'est aussi l'unique ambition de son humble éditeur.

Jacques Terrien, s. j.

Fêle de saint Stanislas Kostka, 13 Novembre 1893.

DE

ASSISTANCE D'ITALIE

F' JANVIiai

Le premier jour de janvier <le Van 4775, mourut à (jtigliari, eu odeur de sainteté, le P. Jeax-Maptistr Vassam.o, né dans le diocèse de Saluées, et l'apôtre de la Sardaig-ne durant les quarante-sept dernières années de l'ancienne Compagnie. Sa mère, surnommée h la cour de Turin la sainte comtesse, avait élevé tous ses entants, mais surtout Jean-Baptiste, comme des ang-es du ciel uniquement nés pour aimer et servir Dieu. Chaque jour en le bénissant, elle lui répétait les belles paroles de la reine Blanche : « Mon lîls, Dieu sait combien vous m'êtes cher ! mais j'aimerais mieu.x vous voir tomber mort à mes pieds, que souillé d'un seul péché mortel ». Quand à Vàge de dix-huit ans, le jeune homme vint se mettre à ses genoux et lui déclarer que Notre-Seigneur l'appelait à la Com-

2 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.

pagnie : « Mon fils, lui dit cette femme admirable en l'embrassant, allez où Dieu vous appelle ; de grand cœur je vous donne à lui » ! Chargé bientôt après d'élever à son tour la jeunesse, Jean-Baptiste Vassallo n'eut qu'à se rappeler les exemples et les leçons de sa mère. Un de ses écoliers racontait plus tard que l'ayant vu commettre une faute, le pieux régent s'était contenté de le mener devant un crucifix, et de lui dire : « Voyez, mon enfant, quel est celui que vous venez d'offenser » ! Simples mais pénétrantes paroles, que le coupable n'oublia jamais.

Cependant le P. Vassallo brûlait du désir de se consacrer au salut des âmes. Il sollicita auprès du P. Ange Tamburini la grâce des missions étrangères. Pour s'éprouver lui-même, il dressa par écrit un catalogue détaillé des vertus nécessaires à un apôtre de la Compagnie, et de toutes les souffrances qui peuvent se rencontrer, et il ne craignit pas d'aiïirmer avec serment, que moyennant la grâce, il se croyait dans la disposition d'embrasser également les unes et les autres. Désigné par le Père Général pour les missions du Paraguay, il eut à lutter contre les plus redoutables obstacles, la tendresse de ses parents, l'opposition du roi et de la reine ; mais il triompha de tout. Il était déjà sur le pont du vaisseau qui devait l'emporter aux Indes, quand au moment de lever l'ancre, un courrier lui remit en toute hâte une lettre du P. Tamburini qui lui donnait l'ordre de ne point quitter l'Europe. Tombant à genoux, et pâle comme un mort, il saisit rapidement son crucifix, baisa la plaie du Cœur de Jésus, et se contenta de dire :

Non sicut ego l'olo, sed sicut tu. Son Paraguay devait être la Sardaigne ; pendant un demi-siècle, il allait en devenir le François- Xavier.

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