III MARS. P. SYLVESTRE LANDINI
* Le troisième jour de mars 1554, mourut à Bastia le P. Sylvestre Landini, épuisé avant l'âge par sept années à peine de travaux, mais chargé de trophées innombrables remportés sur l'enfer. Il était déjà prêtre quand il fut admis dans la Compagnie. Étant tombé malade quelque temps après, il ne sut pas contenir les saillies de son humeur vis-à-vis de son infirmier. Saint Ignace ne parut pas s'en apercevoir, et avec sa charité ordinaire, il n'épargna ni soins ni dépenses pour le rendre à la santé. Mais dès que le malade fut rétabli, il le renvoya près des siens, sans lui dire s'il le gardait ou non dans la Compagnie. Cette incertitude mit le pauvre novice dans des peines étranges ; et pour mériter la grâce de ne point perdre sa vocation, il se jeta, sans souci du travail et de la fatigue, dans toutes les œuvres du ministère apostolique. Cependant le bon pasteur ne le perdait point de vue ; et bientôt il lui écrivit qu'il le regardait toujours comme un de ses enfants, et l'au» torisait à faire ses vœux. Cette nouvelle remplit le cœur de Landini d'une joie immense, et l'enflamma d'une ardeur encore plus grande.
Lucques, Massa, Foligno, Modène entendirent tour à tour sa parole. Telle était l'ardeur des populations à se presser autour de lui, que souvent dans ses courses, on l'arrêtait au milieu des forêts et des montagnes, pour l'entendre parler de Dieu. C'est à la première semaine des Exercices qu'il empruntait le thème habituel de ses prédications ; ces vérités habilement exposées opéraient des merveilles de conversion. L'un des trois théologiens qui avaient examiné le livre de saint Ignace, le P. Gilles Foscarari, de l'Ordre de saint Dominique, alors évêque de Modène, fut si frappé de ces ré-
sultats qu'il pria le P . Landini d'apprendre au clergé de son diocèse le maniement de cette arme toute puissante, et l'année suivante, de concert avec le cardinal Morone, il jeta les premières fondations d'un collège de la Compagnie dans sa ville épiscopale. « Ce que Dieu a fait par le moyen de cet homme, écrivait-il à saint Ignace, dépasse tout ce que l'imagination peut concevoir ».
Cependant à la requête de la république de Gênes, le Souverain Pontife Jules III donna l'ordre au P. Landini de transporter en Corse le théâtre de son apostolat. Cette malheureuse île était privée d'évêques depuis près de soixante-dix ans, et livrée à tous les vices, fruits de l'ignorance et de l'abandon ; le clergé, dans une grande partie de ses membres, partageait la corruption générale. Le P. Landini se mit résolument à l'œuvre ; bientôt la foi endormie se réveilla, et le peuple revint en foule à Dieu. Mais quelques prêtres indignes s'alarmèrent de ce mouvement de conversions, et pour se débarrasser de l'importun réformateur, portèrent contre lui en cour de Rome les plus odieuses accusations. Dans le dessein d'éclaircir lu vérité, Ignace envoya le P. Romeo en Corse, avec mission de suivre en secret toutes les démarches du P. Landini, et de recueillir sur son compte les appréciations des principaux personnages de l'île. La justification fut éclatante, et le saint, pleurant de joie, bénit Dieu des succès de l'un de ses fils. « Homme vraiment apostolique, dit l'auteur de son éloge, que l'évêque de Foligno appelait un ange de Dieu, comparable à Elie pour son zèle de feu , souvent favorisé de grâces extraordinaires , unissant la plus extrême abstinence à d'extrêmes fatigues, une charité sans bornes pour le prochain à la haine de son corps, l'humilité la plus profonde à tous les talents de la nature et de la grâce,
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digne enfin d'être reconnu jjar lu Corse pour son apôtre et par la Compagnie pour le fils très cher de notre Bienheureux Père ».
Orlandinus, Histor. Soc. Jes., part. l«, lib. 7, nu. 31 seqq., p. 206 ; lib. 8, n. 30 seqq., p. 230 ; lib. 9, nn. 34 seqq., p. 208 ; lib. 12, n. 18, p. 386; lib. 13, nn. 12 seqq., p. 422; lib. 14, nn. 32 se^y., /a 456. — Bartoli, halia, édit. in-i", Rome, 1673, lib. 3, c. 1-9, /j. 235-299. — Tanner, Societ. Jes. Apostol. imitatr. p., 46. — Patrignant, Menol. , W mnrzo, p. 13. — Nadasi, Ann. dier. memor., 3" mart., p. 120. — Drews, Fasti. . . , 3* mari., p. 84. — Nieremberg, Varones ilustr., t. 2, p. 83. — Rho, Variœ virtut. Histor., p. 260. — Crétineau-Joly. Hist. de la Cornpagn., t. 1, ch. 6, />. 264.
* Le troisième jour de mars de l'an 1589 mourut à Rome le P. Jean-Baptiste Eliano, né dans la religion juive, mais converti à Jésus-Christ par la science et surtout par l'admirable modestie et suavité de manières du P. André Frusius. Après avoir parcouru l'Egypte, la Palestine, les Etats du Grand-Seigneur, il était venu à Venise pour ramener au judaïsme son frère qui venait de se faire chrétien. Mais la grâce de Dieu et l'amabilité du P. Frusius, en qui disait-il, il avait cru voir un ange, lui touchèrent tellement le cœur, qu'il abjura lui-même ses erreurs et demanda le baptême. Bientôt ravi des exemples de sainteté qu'il avait sous les yeux, et transporté d'admiration au récit des conquêtes de l'Evangile dans les Indes, il sollicita la faveur d'être admis dans la Compagnie, et saint Ignace qui n"avail pas encore fait le décret qu'il porta depuis, le reçut.
282 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE d'iTALIE.
Par reconnaissance pour le don de la foi, autant que par fidélité à l'esprit de sa nouvelle vocation, le P. Eliano se voua tout entier au salut des Ames. Comme il connaissait à fond les langues et les usages de l'Orient, il fut envoyé par le pape Pie IV, avec le P. Christophe Rodrigue/., pour essayer de ramener le patriarche des Coptes à l'unité de l'Eglise Romaine. Mais, à peine arrivé à Alexandrie, il fut reconnu par ses anciens corréligionnaires, et dénoncé aux musulmans comme transfuge du judaïsme ; d'après la loi turque, il devait embrasser le Coran ou subir la peine du feu ; parmi les plus acharnés à le poursuivre, on remarquait sa propre mère. Les chrétiens d'Alexandrie parvinrent à l'arracher au péril, et lui ménagèrent les moyens de retourner à Rome. Trois fois encore, sur l'ordre du Vicaire de Jésus-Christ, le P. Eliano reprit le chemin de l'Orient, et soit de vive voix dans des synodes ou conférences particulières, soit par écrit dans des livres ou catéchismes, il travailla d'une manière très efficace à dissiper les erreurs ou les préjugés des Coptes et des Maronites, et à les attacher plus étroitement à la foi romaine.
ji^ L'aveuglement de ses compatriotes le remplissait de la plus vive douleur ; il eut la consolation d'en convertir un grand nombre. Au reste, il embrassait dans la même charité toutes les âmes rachetées par le sang de Jésus-Christ. Pour faire pénétrer partout les enseignements de l'Eglise et combattre l'oubli des grandes vérités, source de tant de désordres, il fit graver des images représentant les principaux mystères de la foi et les commandements de Dieu. Ces images firent un bien immense; le cardinal vicaire et le gouverneur de Rome ordonnèrent de les afficher dans toutes les auberges et hôtelleries de la ville, et les personnes de qualité
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en firent distribuer d'innombrables copies dans les campagnes et villages d'alentour. Les souffrances corporelles émouvaient aussi vivement le cœur du P. Eliano ; il avait mille industries pour secourir les pauvres ; on l'appelait leur père. Quand il mourut, un autre ami des malheureux, le cardinal Alexandre Farnèse, passait aussi à une meilleure vie. Le peuple versa des larmes sur cette double tombe, et on l'entendit répéter que Rome venait de perdre à la fois les deux soutiens des pauvres, associant ainsi dans un même hommage la charité miséricordieuse de l'opulent prince de l'Eglise et celle de l'humble religieux.
OiiL.^NDiNUs, Histor. Soc. Jes., part. I, lib. 11, n. -Vi, />. ;î45 . — S.vccHiNus, Histor. Soc. Jes., part. 2^ , lib. 5, n. 141. p. 195. — 1d. , part. 4» , lib. 6, n. 54 seqq., p. 180. — Id. part. 5* , lib. 9, n. 'M seqq., p. 428. — Litter. ann. Soc. Jes., ann. 1589, p. 7. — Sotuet.lus, Bibliotheca Script., p. 417. — Sommervogel, Bibliothèque. . ., /. 3, p. 379. — Patrigna.ni, Menai., 3 marzo, p. 17. — Nadasi. Ann. dier. memorab.. ^^mart., p. 120. — Drews, Fasti Sociel. Jes., 3« mnrt., p. 84.
* Le troisième jour de mars de l'an 4717, à Sasso, mourut le P. Antoine Tommasini, dans l'exercice même du ministère apostolique, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. Il avait fait les premiers essais de son zèle à Sienne, où il dirigait dans les voies de la perfection un grand nombre d'âmes choisies. Mais il soupirait après les missions comme le cerf après les fontaines, dit son biographe. Enfin tous les obstacles furent levés et il entra dans la carrière
Parmi tant «l'ouvriers dont nos annales racontent les travaux, le P. Tommasini mérite certainement un des premiers rangs. Jusqu'à la plus extrême vieillesse, il ne connut pour ainsi dire pas un seul jour de repos. « Dieu veut, disait-il, que je sois à la fatigue jusqu'à mon dernier soupir ». L'année était une mission continuelle. Rien ne l'arrêtait, ni les ardeurs du soleil, ni les froids de l'hiver, ni les tempêtes ; c'était une de ses maximes que celui qui regarde à ces choses n'est pas propre à la vie apostolique. Travaillé de la goutte, il se faisait porter en chaire ; si la violence du mal le clouait par force sur son lit, il transformait sa cellule en confessionnal. Ce qui est plus étrange, c'est qu'il soutenait toutes ces fatigues en restant à jeun jusqu'au soir. Le peuple y voyait une intervention de la Providence, et lui-même ne pouvait s'empêcher d'en convenir : « Oui, écrivait-il à son Père spirituel, cette abstinence a quelque chose d'extraordinaire; confesser tout le jour et même la nuit, prêcher, quoique brièvement, deux, trois, quatre et six fois par jour , supporter encore d'autres fatigues, cela étonne et paraît bien merveilleux » ; mais, ajoutait-il. Dieu bénit ses pénitences, et après la mission, il est plus fort que jamais.
En chaire, le P. Tommasini avait des accents terribles contre le péché ; au tribunal de la pénitence, il était toute douceur et toute mansuétude ; c'était comme un axiome universellement reçu qu' « il mettait tout le monde en paradis » . La vertu des prodiges s'ajoutait à l'éclat de ses vertus et lui donnait une puissance irrésistible sur les cœurs ; il lisait au fond des consciences ; il apparaissait environné de lumière pendant qu'il annonçait la parole de Dieu ; il prédisait l'avenir ; il guérissait les malades. Ce n'étaient pas seulement les campagnes , c'étaient les grandes cités et les plus hauts person-
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nages qui l'avaient en vénération et réclamaient son secours. Le grand-duc de Toscane, Cosme III, faisait tous les ans les exercices sous sa direction ; à l'occasion d'un tremblement de terre qui jeta l'épouvante à Rome, le pape Clément XI le fit venir et le retint plusieurs mois pour prêcher la pénitence au peuple et le ramener à Dieu.
Mais le P. Tommasini avait eu révélation de sa fin désormais prochaine ; il voulait tomber comme un vaillant soldat, les armes à la main. Prenant congé du P. Ambroise Centurione, Provincial de Rome, pour retourner à ses chers et durs labeurs : « .l'ai quatre-vingt-trois ans, lui dit-il ; il me reste encore deux ans de vie et de mission ». Et en effet, deux années après, comme il venait d'ouvrir les saints exercices au village de Sasso, il fut saisi d'une fièvre violente: «Mon heure est venue», dit-il à son compagnon; et après quelques jours de souffrances, il s'endormit pieusement dans le Seigneur. La ville de Grosseto, siège de l'évêché de la province, réclama l'honneur de posséder les restes du P. Tommasini; elle lui fît des funérailles magnifiques, et plaça son tombeau dans la cathédrale, comme celui d'un apôtre et d'un saint.
Patbignani, Délia \>ita del P. Antonio Tommasini. . . — 1d., Menolog., 3 marzo, p. 24. — Mazzolari, Comment, et Ellog., p. 78-95. — Guidée, Trad. du Menol. rom.., 2 mars, p. 80.