‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 11 sur 331 · VI JANVIER. — P. JOSEPH MARUTI · texte numérisé non relu

VI JANVIER. — P. JOSEPH MARUTI

les rangeail, en ordre, et se plaeani aii milieu d'eux, (îomme Pierre (ilaver au milieu de ses nèg^res, il leur enseignait, avec tine patience vl un(> douceur admirables , la doctrine chrétienne, et leur distribuait ensuite l'aumône corporelle.

Bientôt il établit parmi son cher troupeau l'usage de la confession et de la communion mensuelle. Rien n'était plus tonchant ([ue de voi)- ces malheureux, tout à l'heure le rebut du monde et méprisables à leurs |)ropi-es yeux, relevés, transfigurés par la religion, prendre paît au divin bancfuet, avec une piété et une modestie qui tiraient les larmes des yeux, et [)uis s'asseoir à une table chargée par des mains généi'euses de douceurs et de mets délicats. L'homme de Dieu rayonnait de joie, et puisait dans ce spectacle un nouveau courage pour de nouvelles fatigues. Pendant de longues années, il continua son laborieux ministère, sans un seul jour de repos. Les pauvres le pleurèrent inconsolablement, et formèrent le plus noble et le plus glorieux ornement de ses funérailles. Le P. Charles Silvestri était âgé de cinqu ante-six ans et en avait passé quarante-et-un dans la Compagnie.

BoERo, Menolog.. (i Genn. , p. 114.

* Le sixième jour de janvier de l'an 1783, mourut à Polotsk dans la Russie-Blanche, le P. Joseph Maruti, admirable modèle d'attachement fort et généreux à sa vocation. L'orage commençait à gronder déjà contre la Compagnie, quand il sollicita la faveur d'y être admis, à l'âge de seize ans. Les persécutions ne firent que

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resserrer plus étroitement les liens qui l'unissaient à elle ; sa dou-leur fut immense quand le bref Dominus ac Redemptor l'obligea de laisser sa chère livrée, et de reprendre celle du monde. Il vint se fixer à Rome, où son esprit de pauvreté, ses aumônes, sa piété envers le saint Sacrement qui le retenait chaque jour de longues heures dans l'église de la Trinité-des-Pèlerins, lui firent donner le surnom de saint.

Cependant le souvenir de son ancienne vocation ne s'éloignait pas un moment de son cœur. A peine eut-il appris que la Compagnie était vivante dans la Russie-Blanche, il n'eut plus d'autre pensée que d'aller la rejoindre. Vainement ses amis lui opposèrent la délicatesse de sa santé, les fatigues du voyage, les rigueurs du climat ; il était résolu, disait-il, à courir, s'il le fallait, jusqu'au bout du monde, à travers mille dangers et mille morts. Passant auprès de Fabriano, sa patrie, il refusa de s'y rendre, dans la crainte de se laisser attendrir par les larmes de sa vieille mère presque octogénaire. «En arrivant à Polotsk, sa joie fut inexprimable. « Misericordias Doniini in œterniim cantabo, écrit-il à un de ses anciens confrères. Quand je me trouvai aux portes du collège, je me jetai à genoux pour baiser ce seuil béni ; le P. Recteur m'ayant relevé, je collai mes lèvres sur ces chères murailles, pleurant de bonheur ; et aujourd'hui encore, quand je me rappelle tout cela, de très douces larmes mouillent mes yeux )>.

Le P. Joseph Maruti était le premier Jésuite qui fût venu se réunir aux Pères de la Russie-Blanche. Il se mit aussitôt avec une ardeur incroyable à l'étude du polonais. Mais soit lenteur de sa mémoire, soit difficulté extrême de la langue, il faisait peu de progrès, et il s'affligeait d'être venu de si loin pour charger la

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