V MARS
Le cinquième jour de mars de l'an 1605, mourut dans la maison professe de Palernie le P. Nicolas Amari, admirable modèle de conversion, de pénitence et de fidélité à Dieu. C'était un brillant gentilhomme de Palerme, d'une susceptibilité inexorable sur le point d'honneur, et tristement fameux par ses duels dont il était toujours sorti vainqueur. A l'âge de vingt-quatre ans, il se rencontra un jour au sermon de l'apostolique P. Otelli, et cette parole si pleine de l'esprit de Dieu le bouleversa en un moment. Aussitôt il va se jeter aux pieds du prédicateur, lui fait une confession générale de toute sa vie, proteste de sa ferme résolution de s'arracher au monde pour faire pénitence, et lui demande - s'il peut espérer, à quelque prix que ce soit, d'être reçu dans la Compagnie de Jésus. Le sang de ses adversaires, tant de fois versé l'épée à la main, et les scandales de sa vie semblaient deux obstacles insurmontables.
Otelli cependant le console et l'engage à partir pour Rome, où peut-être la vue de son repentir et de ses larmes lui obtiendra du Souverain Pontife et du P. Laynez la grâce si ardemment désirée. Amari part sans hésiter un seul moment. Pie IV l'accueille avec bonté et le relève de l'irrégularité qu'il a encourue ; mais Laynez est absent de Rome, et dans l'ardeur de ses
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désirs , le nouveau converti va le chercher au <!oncile de Trente, lui découvre de nouveau toutes les plaies de son Ame, et se déclare prêt à tout entreprendre et à tout souffrir, pour mériter, ne fût-ce qu'à la mort, l'entrée de la Compagnie. Laynez ne put résister à tant de ferveur, et il écrivit à Palerme qu'on pourrait admettre Amari parmi les novices, après lui avoir fait subir toutefois de longues et éclatantes épreuves, soit pour donner des gages de sa constance, soit pour effacer solennellement aux yeux de ses amis et de ses ennemis le scandale de sa vie passée. Ce brillant jeune homme fut donc reçu au collège de Palerme, non comme novice, mais comme hôte et serviteur, destiné aux plus bas emplois. 11 y demeura six ans, sans commencer son noviciat et sans se plaindre ; car à l'exemple de Jacob, dit l'historien de la Province de Sicile, jamais il n'eût cru payer trop cher la grâce de sa vocation ; « sed videbantur illi panel dies prœ anioris niagnitudine ». ( Gen. 29, i20. ) — Ces années d'attente lui aA^aienl même paru si douces, qu'il demanda comme une grâce de n'être jamais élevé au sacerdoce, trouvant dans les emplois des Krères Coadjuteurs bien plus de consolation, el le honheui' incomparable d'une vie toute cachée en Dieu avec Jésus-Christ.
Mais Notre-Seigneui- le destinait à gagner et à sauver à son lour bien des pécheurs. Ses historiens nous ont conservé entre autres le récit de la conversion d'une malheureuse femme de Palerme, qui séduisait pres([ue toute la jeunesse, et s'était mise en relation habituelle avec le démon. Peu s'en fallut, lors des premières tentatives du P. Amari pour l'arracher à l'enfer, qu'il ne lui eu coûtât la vie. Quatre assassins avaient été payés par elle pour le poignarder ; mais ils se sentirent miraoïdeusemeut enchaînés au mo-
ment de consommer leur crime. La pécheresse cherchant à son tour à frapper, dans notre église, celui qui voulait la sauver, fut arrêtée par la même force invisible, et fit sincèrement pénitence. Parmi les traits de vertu du P. Amari, on en cite plusieurs d'une obéissance vraiment héroïque ; l'un d'eux le fit même passer dans la ville de Palerme pour un fou. Mais peu lui importait. Il parut avoir eu quelque avertissement de sa fin prochaine, et passa les derniers mois de sa vie dans une prière presque continuelle et un recueillement admirable ; il mourut avec la réputation d'un saint dans la soixante-quatrième année de son âge et la trente-quatrième depuis son entrée dans la (Compagnie.
Aguilera, Histor. Provinc. Sicul., t. l, p. 469 seqq. — Nadasi, Ann. dier. memor., I® mari., p. 115.
Le cinquième jour de mars de l'année 1678, mourut à Rome dans la maison de Saint-André le F. Fabius Sergardi, novice scolastique. Il avait conservé jusqu'à l'âge de vingt-deux ans, au milieu des séductions du monde, une innocence parfaite rehaussée encore par tous les avantages de la nature et le charme des plus aimables manières. Admis dans la Compagnie après quatre ans d'attente, il s'appliqua, dès le premier jour, avec une admirable ferveur, à l'étude de la perfection religieuse. 11 parlait des choses de Dieu avec une grâce et une suavité qui ravissaient les cœurs. Mais déjà il était mûr pour le ciel. Une fièvre maligne le conduisit rapidement aux portes du tombeau. On lui ordonna pour obtenir sa